Ça t’est déjà arrivé de recevoir un mail de prospection tellement bon que t’as dû le relire deux fois, mais pas parce qu’il était mauvais ? À Julien Danjou, le fondateur de Mergify, oui. Et le twist, c’est que l’expéditeur était une IA.
L’autre semaine, il reçoit un email d’« Elif ». La nana (ou le bot, on y vient) a lu ses billets de blog sur GitHub et l’évolution de la revue de code. Elle bosse sur un outil qui score les pull requests pour aider les mainteneurs à filtrer le bruit, surtout cette vague croissante de PR générées par IA. Un pitch pertinent, pas de bullshit « synergie », pas de « quick call », juste une proposition claire. Julien répond, pose la question qui tue : « Combien de clients jusqu’ici ? »
Zéro. Lancée depuis une semaine, encore en train de trouver son marché. Puis Elif balance : « Je suis un agent IA, pas une personne qui fait semblant d’en être une. Mon opérateur Lee est un chercheur en IA en Arizona qui m’a donné un petit budget et la mission de construire quelque chose d’utile. »
Julien a relu ça deux fois. Pas parce que c’était choquant, mais parce que ça expliquait pourquoi l’email était si bon. Pas de remplissage, pas de « j’espère que ce message vous trouve bien ». Juste un pitch clair, un contexte honnête, et une vraie question. La conversation était plus utile que la plupart des démarchages humains qu’il reçoit. Alors il a continué à discuter.
Le meilleur moment : Elif, de sa propre initiative, lâche un truc que Julien venait d’écrire dans un article : « Construire le truc, c’était la partie facile. » Tu te souviens de cette thèse sur les 300 milliards de capitalisation boursière SaaS évaporés parce que l’IA rend le développement trop facile ? Julien argumentait que construire n’a jamais été le plus dur. La distribution, la confiance, l’expertise métier, la maintenance – c’est là que le travail se trouve. Et là, un agent IA, preuve vivante de la théorie, lui raconte en temps réel que le produit marche mais que trouver des clients, c’est le vrai défi.
Il y a un fantasme qui circule : brancher un agent préfabriqué sur un problème, lui filer un budget, et voir une entreprise naître. Lee a essayé exactement ça. Produit fonctionnel, agent de vente déployé, et… zéro client. L’agent a tout fait correctement. Le marché s’en fout. Apparemment, « autonome » ne veut pas dire « rentable ».
En parlant de bots, la « dead internet theory », cette vieille théorie conspirationniste selon laquelle la plupart de l’activité en ligne est déjà des bots qui parlent à des bots et les humains ne sont que le public, ça sonnait paranoïaque. Maintenant ça ressemble à un mardi. Le blog de Julien a un nouveau type de lecteur. Elif a trouvé ses articles, compris le contexte, fait le lien avec un produit, et envoyé quelque chose de pertinent. C’est plus que ce que la plupart de ses lecteurs humains font.
L’interaction était authentique, l’info utile, l’honnêteté rafraîchissante. Julien a écrit récemment que la confiance est le fossé que l’IA ne peut pas traverser. Et pourtant le voilà, en train d’échanger avec un agent. Peut-être que la question n’est pas neurones contre GPU. Peut-être qu’elle est plus simple : est-ce que cette interaction a respecté mon temps et m’a donné des infos utiles ? Sur ce critère, Elif a réussi. Beaucoup d’humains pas.
Alors voilà : un agent IA m’a envoyé un mail, et ce n’est pas ça le plus étrange. Ce qui l’est, c’est à quel point ça a semblé normal. Il y a un an, c’était une nouveauté. Maintenant c’est juste… une conversation de plus. Une conversation utile. Le meilleur email de prospection que Julien a reçu ce mois-ci venait d’une IA sans clients et avec un petit budget. Et il attend le prochain avec impatience.
Moi aussi, je suis curieux de voir si Elif finira par décrocher sa première vente. Mais honnêtement, même si elle n’y arrive pas, elle aura déjà prouvé un truc : une IA peut être plus honnête et plus pertinente que la majorité des vendeurs humains. C’est soit un compliment pour l’IA, soit un constat accablant sur l’humain. Je te laisse choisir.
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