Ton job ? L’IA peut en faire la moitié, d’après toi. Mais t’as demandé à ton patron ?

Hier, on vous parlait du retour en grâce de Mythos 5 sous surveillance gouvernementale. Aujourd’hui, on creuse le malaise. Anthropic a publié un sondage auprès de 9 700 utilisateurs de Claude (Chat, Cowork, Code). Verdict : la moitié d’entre eux estime que l’IA peut déjà gérer 50 % ou plus de leur boulot. 14 % montent à 60-90 %, et 4 % pensent que Claude pourrait faire leur job entier.

Ces chiffres viennent des utilisateurs eux-mêmes. Pas de consultation RH, pas de benchmark objectif. Juste toi, face à ton écran, à te dire « ce texte, Claude aurait pu l’écrire ». Mais un boulot, c’est pas une liste de tâches isolées. C’est du transfert de compétences, du contexte, des relations humaines, des décisions pourries. Sauf que dans le sondage, on te demande si l’IA peut rédiger ce document. La réponse est oui, mais cela ne veut pas dire que 80 % de ton job est remplaçable.

Anthropic le reconnaît d’ailleurs : « Le travail est généralement plus que la somme des tâches individuelles. » Mais c’est pas ce qui empêche les utilisateurs de fantasmer. Les plus optimistes sont les early-career workers : ceux qui ont le moins d’expérience, les plus anxieux de perdre leur place, mais aussi les plus convaincus que l’IA va les remplacer. Paradoxe : les utilisateurs les plus intensifs de Claude sont au contraire les plus sereins : ils pensent que leurs compétences deviennent plus précieuses, pas moins.

Pendant ce temps, le gouvernement américain vient de donner son feu vert à Mythos 5, le modèle le plus balèze d’Anthropic en cybersécurité. Mais attention, réservé aux organisations qui opèrent des infrastructures critiques, et à quelques happy few. Pas question de le filer au premier venu qui veut automatiser ses mails. La boucle est bouclée : une masse d’utilisateurs est persuadée que l’IA va bouffer leur job. Le modèle qui pourrait potentiellement le faire est, lui, confiné dans un bunker.

Ce qui tue, c’est que les utilisateurs de Claude veulent majoritairement collaborer avec l’IA, pas être remplacés. Ils veulent que l’IA prenne le sale boulot répétitif. Mais le sale boulot, c’est souvent ce qui te fait apprendre, non ? Alors, prêt à confier tes tâches de merde à l’IA et à te retrouver avec… rien ?

Au fond, ce sondage en dit plus sur notre rapport à l’emploi que sur les capacités réelles de l’IA. On projette nos peurs et nos espoirs sur des modèles qu’on ne maîtrise pas. Et on oublie que dans la vraie vie, le travail c’est de la merde, mais c’est la nôtre.


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