L’histoire est presque trop belle pour être vraie. Donald Trump a lancé mardi America.gov, un assistant IA censé simplifier les rapports entre les Américains et leur administration fédérale. Sauf que la machine répond avec des faits. Et visiblement, personne dans l’entourage du président n’a pensé à la briefer sur la ligne officielle.
On vous racontait il y a une dizaine de jours que Trump voulait rebaptiser l’IA pour qu’on arrête d’en avoir peur. Le voilà qui en lance une. Cette fois, le problème n’est pas la peur. C’est la vérité.
Le concept sent le service public 2.0 : tu poses ta question en langage normal, le chatbot fouille les sites du gouvernement et te sort le chemin le plus court. Où renouveler ton passeport, comment t’inscrire à Medicare, quel guichet accepte encore les êtres humains. À terme, la Maison-Blanche promet que l’outil fera carrément les démarches à ta place. Le rêve administratif : plus jamais quinze onglets ouverts pour découvrir que tu t’es trompé de formulaire.
Et le pire, c’est que ça marcherait.
Fast Company a testé l’engin et n’a pas trouvé grand-chose à redire sur la navigation. Il guide, il oriente, il dégote les bons liens. Pas mal pour un premier jet, surtout au vu du bilan habituel des sites fédéraux, visiblement conçus par des gens qui n’ont jamais eu à les utiliser.
Mais attention au tour de passe-passe. Un chatbot qui t’aide à naviguer dans un système cassé, ce n’est pas un système réparé. C’est un GPS qui te guide dans un dédale dont personne n’a jamais eu le courage de percer les murs. Tu trouves plus vite ton formulaire, tu te tapes toujours la même bureaucratie derrière. Le vrai boulot, ce serait de simplifier les démarches à la source, de faire causer les administrations entre elles, de supprimer les doublons. C’est moins vendeur qu’une IA qui te répond gentiment, et surtout, ça ne se règle pas en un lancement produit.
Reste le délice involontaire du dossier. Trump, l’homme qui conteste depuis des années les faits les mieux établis, parraine un outil dont le métier est de restituer des informations vérifiables. The Guardian s’en régale : le chatbot refuse de s’aligner sur la version présidentielle de la réalité. Comme quoi, quand tu construis une machine pour dire la vérité, elle finit par te la dire à toi aussi.
Il y a du tragique grec là-dedans, le quotidien britannique ne s’en prive pas. Tu fabriques un oracle pour flatter ton pouvoir, et l’oracle te répond que non, le décret ne dit pas ce que tu crois. Pas sûr que ce soit exactement le service que la Maison-Blanche avait commandé.
America.gov ne réparera pas l’État américain. Aucun chatbot ne l’a jamais fait, et celui-ci ne fera pas exception. Il t’aidera juste à t’y perdre avec plus d’élégance. C’est déjà ça : avant, tu te perdais tout seul.
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