Il y a deux façons de connaître l’IA. La première, c’est de lire les papiers de recherche. La seconde, c’est de dire qu’on les a lus. Une nouvelle étude de Harvard vient de mesurer le fossé entre les deux, et chez les hommes, le melon dépasse franchement la compétence.
Le Shorenstein Center, rattaché à la Harvard Kennedy School, a interrogé plus de 5 400 Américains. La question était basique : connaissez-vous ces gens qui bossent sur l’IA ? 73 % des hommes ont répondu oui pour Sam Altman, le patron d’OpenAI. Un peu plus de la moitié, 53 %, ont dit connaître Mira Murati, Susan Milner et Craig Dalton.
Petit problème. Murati existe vraiment. C’est l’ancienne directrice technique d’OpenAI, aujourd’hui à la tête de Thinking Machine Labs. Milner et Dalton, en revanche, sont des inventions pures et simples, glissées dans le sondage pour voir qui allait mordre. Les femmes ont mordu aussi (40 % ont dit les connaître), mais moins que les hommes, et 38 % ont reconnu Murati.
« On voit que les hommes sont plus optimistes et plus confiants », résume Laura Manley, directrice exécutive du Shorenstein Center, auprès de WIRED.
Sur le fond, les hommes utilisent plus l’IA et répondent un peu plus souvent juste. Mais les deux sexes se trompent au même rythme. La vraie différence se joue sur les moments où l’on ose lâcher un « je ne suis pas sûr » : en moyenne sur 3,3 questions sur 12 chez les femmes, contre 2,3 chez les hommes. L’écart de compétence n’existe pas. L’écart de gueule, si.
Cette assurance déborde du questionnaire. Sur un an de couverture médiatique, les hommes sont nommés dans les titres sur l’IA plus de 14 fois plus souvent que les femmes. L’explication facile (le secteur est très masculin) tombe quand on regarde uniquement les experts cités pour leur expertise : trois quarts sont des hommes, alors qu’ils ne pèsent que 29 % des talents du domaine. Autrement dit, les rédactions font parler les mêmes têtes, majoritairement masculines, sur un sujet où elles sont déjà persuadées de tout comprendre.
Ce qui compte surtout, c’est ce que cette confiance fait au débat. Manley le formule crûment : dans la discussion actuelle, « il y a tellement de confiance, que ce soit dans le scénario du désastre ou dans celui de l’abondance », que ça « noie toutes les voix qui devraient dire « pas sûr » ». Le pugilat entre prophètes de l’apocalypse et vendeurs de paradis occupe tout l’espace. Le type qui hausse les épaules et admet qu’on ne sait pas encore n’a pas de micro.
Côté émotions, les deux camps se rejoignent sur un point : l’inquiétude arrive en tête. Les femmes la ressentent plus fort. Les hommes cochent plus volontiers toutes les cases positives, curiosité, enthousiasme, excitation.
La conclusion de Manley tient en une phrase : « Il faut qu’on arrive à dire « pas sûr » plus souvent. » En clair, pour ceux qui savent déjà tout : l’IA va assez vite comme ça, pas besoin d’accélérer avec ton ego.
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