T’as vu passer les titres anxiogènes ces derniers jours ? « L’IA va remplacer 80% des jobs », « Bientôt, on ne servira plus à rien ». C’est la soupe chaude du moment, servie à toutes les sauces par les gourous LinkedIn et les médias en quête de clics. Mais avant de flipper et d’envoyer ton CV à une ferme bio en Ardèche, écoute un peu Brian Moynihan, le CEO de Bank of America. Le mec a sorti une petite phrase qui remet les pendules à l’heure, et qui devrait te faire doucement rigoler.
Lors d’une intervention récente, il a rappelé qu’en 1969, des experts prédisaient déjà la fin des managers. Pourquoi ? Parce que l’ordinateur, cette nouvelle technologie révolutionnaire, allait éliminer le besoin de gestionnaires, vu qu’ils ne faisaient que « déplacer de l’information ». La prédiction était claire : plus de managers, point. En fait, aujourd’hui, Bank of America emploie 20 000 managers. Le scénario catastrophe, c’était du vent. Comme d’habitude.
Moynihan ne dit pas que l’IA ne change rien – ce serait con –, mais il pointe du doigt un pattern historique : à chaque avancée technologique majeure, on ressort les mêmes prédictions larmoyantes sur la fin du travail. La machine à vapeur, l’ordinateur, internet… et maintenant l’IA. À chaque fois, on invente des nouveaux métiers, on transforme les anciens, et on s’adapte. Pas de bain de sang, pas d’apocalypse. Juste de l’évolution, avec son lot de turbulences, certes, mais sans effondrement civilisationnel.
Pendant ce temps, à Singapour, la ministre Indranee Rajah abordait le sujet de la sécurité de l’emploi face à l’IA lors d’un épisode de Talking Point sur le budget 2026. Elle pèse ses mots, comme toujours dans ce genre d’exercice politique, mais le sous-texte est clair : il faut se préparer, pas paniquer. Les gouvernements commencent à intégrer l’IA dans leurs plans, avec des formations, des reconversions, des filets de sécurité. C’est moins sexy que « l’IA va tous nous tuer », mais c’est probablement plus proche de la réalité.
Et puis il y a cette question qui revient comme un leitmotiv : « Vais-je encore être pertinent maintenant que l’IA peut à peu près tout faire ? » CNA, un média singapourien, en a même fait un article titré « Raising Expectations ». La réponse, en gros, est oui, mais à condition de monter en compétences. L’IA est un outil, pas un remplaçant. Elle peut automatiser des tâches répétitives, analyser des données, générer du contenu, mais elle ne gère pas encore les nuances humaines, la créativité profonde, l’empathie, ou la prise de décision stratégique dans un contexte flou. Enfin, pas pour l’instant.
Le vrai problème, ce n’est pas l’IA elle-même, c’est le narratif de peur qu’on nous balance en boucle. OpenAI, Anthropic, et consorts adorent jouer aux prophètes de l’apocalypse – ça fait vendre et ça justifie leurs levées de fonds astronomiques. Mais regarde les faits : depuis les années 60, chaque « révolution » technologique a créé plus d’emplois qu’elle n’en a détruit. L’ordinateur n’a pas tué les managers, il en a créé de nouveaux, plus spécialisés. Internet n’a pas anéanti le commerce, il l’a transformé. L’IA suivra probablement la même trajectoire.
Alors, la prochaine fois que tu tombes sur un article qui te promet la fin de ta carrière à cause d’un chatbot, rappelle-toi de 1969. Les experts se sont plantés, et ils se plantent encore aujourd’hui. L’IA va bouleverser le marché du travail, oui. Elle va rendre certains jobs obsolètes, oui. Mais elle va aussi en créer d’autres, et surtout, elle va nous forcer à évoluer. C’est pas une raison pour flipper, c’est une raison pour apprendre.
Et si vraiment tu stress, va voir les 20 000 managers de Bank of America. Eux, ils ont survécu à la prédiction de 1969. Toi aussi, tu vas t’en sortir.
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