Quand la morale s’arrête là où commence le contrat

La semaine dernière, le Pentagone a balancé deux missiles sur des infrastructures iraniennes en utilisant, entre autres, des systèmes de ciblage boostés par l’IA. Aucune surprise là-dedans : quand tu signes avec le Département de la Guerre, c’est pas pour générer des poèmes. Mais ce qui pue, c’est ce qui se cache dans les petits caractères des contrats signés avec OpenAI et Anthropic. Une clause de trois mots : « all lawful use ». Traduction : « toute utilisation légale ». Résultat : c’est le Pentagone lui-même qui décide de ce qui est légal. La boucle est bouclée.

OpenAI, dans un élan de transparence forcée, a publié les détails du contrat. Trop peu, trop tard. Leur modèle de confiance est en lambeaux, et Sam Altman peut bien tweeter sur « l’alignement éthique », quand le client te demande de pointer des cibles, t’es aligné sur le cahier des charges, pas sur tes principes. Anthropic, de son côté, reste muet comme une tombe, ce qui en dit long sur leur « sécurité d’abord ». Dario Amodei écrit des essais sur les risques existentiels pendant que ses modèles aident à viser des silos. Le grand écart permanent atteint des sommets.

Le vrai scandale, c’est pas que l’IA soit utilisée pour la guerre. Ça, c’était écrit depuis le premier jour. Non, le scandale, c’est que ces boîtes aient vendu du « safe AI », de l’« ethical AI », en sachant pertinemment que les contrats incluaient cette clause passe-partout. « All lawful use », c’est la porte ouverte à tout, tant que le gouvernement jure que c’est légal. Et en temps de crise, les normes démocratiques ont tendance à s’effriter plus vite qu’un cookie sec. The Conversation a raison : l’éthique de l’IA, c’est du vent quand les démocraties vacillent.

Regarde les faits. Le Pentagone a fait pression sur OpenAI et Anthropic pour obtenir des accès prioritaires et des dérogations aux politiques d’usage. En échange de quoi ? Des contrats juteux et une validation politique. OpenAI a cédé, publie maintenant pour sauver les meubles, mais la confiance est foutue. Anthropic, le gardien auto-proclamé de la sécurité, n’a même pas daigné commenter. Leur silence est une confession.

Et pendant ce temps, les modèles continuent de tourner. GPT-Whatever aide à optimiser les frappes, Claude-3 analyse des données de renseignement, et les CEO font des discours sur « l’IA pour le bien de l’humanité ». C’est du cinéma. La réalité, c’est que quand le Pentagone frappe, l’IA est dans la boucle. Et ces boîtes, qui se présentaient comme les remparts contre les dérives, sont devenues des fournisseurs de guerre.

La leçon ? L’IA éthique, c’est comme la démocratie : ça tient tant que personne ne pousse trop fort. Les contrats révèlent que ces entreprises n’avaient aucune ligne rouge sérieuse. « All lawful use », c’est la formule magique qui absout tout. Et si demain, une loi passe pour autoriser la surveillance de masse ou les frappes préventives, ces IA seront dans le coup, « légalement ». Tu peux toujours croire à leurs chartes éthiques, mais lis les contrats. C’est là que la vérité est écrite.

Qu’est-ce qu’on peut faire ? On arrête de se bercer d’illusions. Ces boîte jouent le même jeu que les autres : l’argent et l’influence d’abord, la morale après. Si tu veux de l’IA vraiment éthique, commence par boycotter celles qui signent avec le Pentagone. Mais bonne chance pour en trouver. Parce qu’au fond, dans cette course aux armements algorithmique, tout le monde a un prix. Et il est souvent payé en dollars du contribuable.


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