Larry Fink joue au plombier et confond ses tuyaux

Larry Fink, le patron de BlackRock, a encore sorti un de ces aphorismes de dîner en ville qui font bien dans un communiqué de presse. Cette fois, il nous explique qu’à l’ère de l’IA, il faut « plus de plombiers et moins d’avocats ». Parce que l’intelligence artificielle, c’est comme un chauffe-eau qui fuit : t’as beau avoir le meilleur chatbot du monde, si ton robinet pisse, il te faut un humain avec une clé à molette.

C’est mignon. C’est même rassurant, pour les gens qui pensent que ChatGPT va tous nous remplacer. Sauf que Fink, comme souvent avec les gourus de la finance, confond la petite musique avec la partition complète. Son propos, repris en boucle par les médias, fait l’impasse sur un détail : les métiers manuels, type plomberie, sont déjà en tension depuis des années, pas à cause de l’IA, mais à cause de la démographie, des salaires de misère et du manque d’attractivité. Dire qu’il en faut plus, c’est comme dire qu’il faut plus d’eau dans un bateau qui coule. Merci, capitaine Évidence.

Pendant ce temps, sur Hacker News, un article de Damage Mag remet les pendules à l’heure : « Ne confondons pas les problèmes du travail avec le doomerisme des cols blancs ». L’auteur rappelle que l’automatisation et l’IA touchent d’abord les jobs précaires, les tâches répétitives, les secteurs déjà fragilisés. Les avocats ? Ils vont s’en sortir avec des outils d’IA qui boostent leur productivité (et facturent toujours à l’heure). Les livreurs, les caissières, les ouvriers du bâtiment ? Eux, ils se prennent la double peine : pas de gains de productivité magiques, et une pression accrue pour faire plus avec moins.

Fink, dans sa bulle, oublie aussi un truc : BlackRock gère 10 000 milliards de dollars d’actifs, dont une bonne partie dans les géants de la tech qui poussent justement à l’automatisation à outrance. C’est un peu le dealer qui te dit « fais gaffe à la drogue » tout en fourguant sa came. Le vrai sujet, ce n’est pas « plombiers vs avocats », c’est : qui capte la valeur créée par l’IA ? Pour l’instant, c’est les actionnaires, pas les travailleurs, qu’ils soient en bleu de travail ou en costard.

Alors oui, l’IA va transformer le marché du travail. Mais la polarisation entre métiers « créatifs » et « manuels » est un faux débat. Les deux sont impactés, juste différemment. Et tant qu’on aura des Larry Fink pour pondre des phrases choc sans regarder les données — comme le fait que les formations en plomberie peinent à recruter, ou que les avocats utilisent déjà l’IA pour gagner des procès — on restera dans le storytelling, pas dans les solutions.

La chute, c’est que Fink a aussi prévenu que si le prix du pétrole reste élevé, ça aura des « implications profondes » pour l’économie mondiale. No shit, Sherlock. Entre ça et ses conseils en orientation professionnelle, on se demande s’il ne ferait pas mieux de se concentrer sur ses fonds. Mais bon, quand t’as 10 000 milliards sous le coude, tu peux te permettre de jouer au prophète du travail. Même si tes prédictions ont la solidité d’un joint tordu par un stagiaire.


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