Les montagnes russes juridiques entre OpenAI et Microsoft viennent de prendre un virage serré. Ce lundi, les deux entreprises ont annoncé une renégociation de leur accord, qui résout (sur le papier) l’un des plus gros noeuds du secteur : l’exclusivité des API d’OpenAI sur Azure. En toile de fond, le deal à 50 milliards de dollars avec Amazon menaçait de transformer le partenariat historique en litige. Alors, qui a vraiment gagné ?
L’exclusivité sacrifiée
Jusqu’ici, le contrat de 2023 accordait à Microsoft un accès exclusif à toute la propriété intellectuelle et aux modèles d’OpenAI, jusqu’à l’avènement de l’AGI. Un sésame qui empêchait OpenAI de vendre des produits comme Frontier – son toolkit d’agents IA – via un autre cloud que Azure. Le problème : en février, OpenAI a signé un pacte avec Amazon, escomptant jusqu’à 50 milliards de dollars, et promettant à AWS l’exclusivité sur Frontier. Les équipes juridiques de Microsoft avaient déjà préparé leurs arguments de procès.
La solution trouvée : un contrat à durée déterminée, jusqu’en 2032. Microsoft conserve une licence non exclusive, mais OpenAI peut désormais distribuer ses produits sur n’importe quel cloud, y compris AWS Bedrock. Les produits OpenAI seront toujours « d’abord sur Azure, à moins que Microsoft ne puisse ou ne veuille pas fournir les capacités nécessaires », mais le terme « d’abord » reste flou. Suffisamment pour éviter une action en justice, mais clair pour rassurer les actionnaires : Azure garde la main sur le gros des volumes.
Les vrais gagnants : Microsoft, mais pas que
Microsoft abandonne l’exclusivité, mais en échange, elle arrête de reverser une part de ses revenus à OpenAI. À l’inverse, OpenAI continue de verser une part à Microsoft jusqu’en 2030, plafonnée certes, mais qui pourrait se compter en milliards (Microsoft avait engrangé 7,5 milliards de dollars sur un seul trimestre via son investissement). Microsoft reste aussi actionnaire à 27% de l’entité lucrative d’OpenAI. Plus OpenAI vend sur AWS, plus Microsoft touche des dividendes. Beau montage.
Le vrai perdant : la notion d’exclusivité
Ce deal enterre l’idée qu’un cloud puisse s’accaparer les modèles d’OpenAI comme avantage concurrentiel. Désormais, tous les hyperscalers pourront y accéder, au moins en partie. La guerre des clouds se déplace ailleurs : sur la qualité des services, les tarifs, ou la capacité à intégrer l’IA dans des stacks existantes. Pour les clients, c’est une bonne nouvelle : plus de choix, plus de pression sur les prix.
Ce qui reste dans l’ombre
Les conditions exactes du « d’abord » ne sont pas détaillées. OpenAI va construire ses propres datacenters, avec des partenaires multiples. Le nouveau contrat court jusqu’en 2032, mais après ? Et quid de l’AGI, cette chimère juridique qui servait de clause de sortie ? Rien n’est dit. On navigue encore en eaux troubles, juste avec une carte un peu plus claire.
La leçon du jour : quand les enjeux atteignent 50 milliards, même les clauses les plus sacrées deviennent négociables. Microsoft a préféré la pérennité du cash à une exclusivité qui allait lui coûter un procès et une relation toxique. OpenAI gagne en liberté, mais perd un bouclier. Et Amazon ? Il empoche un accès aux modèles les plus demandés, mais devra batailler sur le terrain du service, pas de l’exclusivité. Tout le monde est content. Jusqu’à la prochaine renégociation.
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