Pendant qu’Anthropic s’offre un trimestre dans le vert avec un chiffre d’affaires de 10,9 milliards de dollars (de quoi faire pâlir n’importe quel prévisionniste), le backlash contre l’IA explose littéralement dans la gueule des leaders de la tech. C’est Azeem Azhar, dans son Exponential View, qui met le doigt dessus : les humains sont en colère, et ils le font savoir.
Le symbole le plus frappant, c’est cette vidéo qui tourne en boucle : Eric Schmidt, ex-CEO de Google, se fait copieusement huer lors d’une remise de diplômes à l’Université d’Arizona parce qu’il ose prêcher la bonne parole IA devant des jeunes qui voient leurs jobs menacés et leur avenir bouché. Une étudiante, Houda Eletr, résume le sentiment dans une interview : « Jetez-moi ça à la poubelle… Si vous créez un truc censé sauver des vies, donnez-le moi d’une manière humaine. »
Et ce n’est pas qu’une histoire de génération frustrée. Le backlash devient concret, palpable. Alexandria Ocasio-Cortez brandit un bocal d’eau couleur boue, prélevée au robinet d’un habitant juste après que Meta a commencé la construction d’un data center. L’image fait le tour des réseaux. Data centers, ça veut dire consommation d’énergie, pollution, et des promesses de prospérité qui se heurtent à la réalité d’une eau imbuvable.
Ce qui pose problème, c’est que les dirigeants de l’IA jouent la carte des promesses lointaines (coloniser la galaxie avec Demis Hassabis, sauver l’humanité avec Sam Altman) pendant que les gens doivent faire face à des désagréments immédiats. Comme le dit Azhar, opposer des faits rationnels (oui, les data centers modernisent le réseau électrique, oui, l’IA peut améliorer la productivité) à une colère viscérale, c’est apporter un slide deck à un match de boxe. Ça ne calme personne.
Bref, les géants de la tech ont brillamment réussi à vendre du rêve et à encaisser des milliards, mais ils ont complètement raté le coche sur la communication de proximité. En résulte une défiance qui monte, des boos dans les amphis, et de l’eau croupie dans les verres. Si l’IA veut survivre à son propre succès, il va falloir apprendre à parler aux vrais problèmes, pas aux projections PowerPoint. Sinon, le backlash risque de devenir la seule croissance exponentielle du secteur.
Sources :
Comments are closed