DevDay, encore une. Sauf que cette fois, OpenAI n’a pas juste ajouté un bouton à ChatGPT. La boîte a déballé un paquet de nouveautés qui sent franchement le râteau passé dans le jardin de Microsoft : espaces de travail partagés, documents et slides collaboratifs, système de plugins ouvert, automatisation d’événements via MCP, intégrations Slack et Microsoft Teams, marketplace entreprise avec 32 partenaires au comptoir, et un palier « Pro 500 » dont le nom dit à peu près tout du tarif.
Le résumé de The Decoder pose la bonne formule : ChatGPT ressemble de moins en moins à un chatbot et de plus en plus à un système d’exploitation. En version simple, ton assistant ne répond plus à des questions, il héberge ton boulot.
Le chatbot a mangé le bureau
Réfléchis deux secondes à ce qu’OpenAI vient d’annoncer. Docs partagés, slides, workspaces d’équipe, marketplace d’apps tierces. Ça, c’est la description d’Office. Pas d’une fonctionnalité d’Office. De l’ensemble du produit.
Et l’adversaire désigné n’est pas Anthropic ni Google. C’est Microsoft, l’entreprise qui a mis des milliards dans OpenAI, qui héberge ses modèles sur Azure et qui a collé Copilot partout dans sa gamme. Le plus gros actionnaire se retrouve en concurrence frontale avec la boîte qu’il finance. Les avocats antitrust vont adorer, les commerciaux Microsoft beaucoup moins.
Je vous vois venir : « ils sont partenaires, tout ça est coordonné ». Peut-être. Mais quand ton fournisseur de modèle te vend la couche au-dessus de ta propre suite bureautique, la coordination ressemble furieusement à une prise de contrôle à l’envers.
Le mot « ouvert », toujours le même cirque
Dans la liste, il y a « open plugin system » et « MCP event automation ». Présenté comme ça, c’est propre. OpenAI ouvre sa boutique aux développeurs et adopte le Model Context Protocol, ce standard lancé par Anthropic pour brancher des outils externes à un modèle. Une boîte qui reprend le format de son rival, c’est plutôt sain. Ça évite que chaque labo te vende son câble propriétaire.
Mais méfiance avec le mot « ouvert » chez les gens qui vivent de l’enfermement. Un système de plugins est ouvert quand les développeurs ont le droit de partir avec leurs utilisateurs. Tant qu’on n’a pas vu les conditions, on a vu une API publique et un joli mot dans un communiqué.
Les 32 partenaires de la marketplace, parlons-en. C’est la stratégie classique : tu n’as pas encore gagné l’entreprise, donc tu la fais entrer par la porte des outils qu’elle utilise déjà. Sauf qu’une plateforme, ça ne se juge pas au nombre de logos sur une slide. Ça se juge au nombre de gens qui restent une fois l’effet d’annonce passé.
Le nerf de la guerre, c’est la facture
Derrière la démo, il y a un problème de thunes. On vous le disait déjà dans notre papier sur les 280 milliards qu’OpenAI prévoit de cramer d’ici 2030, et rien n’a changé depuis. Les revenus grand public ne suivent pas. Donc il faut aller chercher l’argent là où il est : les entreprises. Celles qui paient déjà des licences Microsoft tous les mois, justement.
Le palier « Pro 500 » va dans ce sens. On ne vend pas ça à un étudiant qui écrit des poèmes. On le vend à une boîte qui remplace une ligne de son budget logiciel. Et c’est exactement là que la promesse « assistants, pas remplaçants » prend une couleur différente selon qui tient la calculette.
Souvenez-vous aussi de ce qu’on écrivait quand ChatGPT te filait un crayon pendant que la pub sortait la carte bleue. La logique n’a pas bougé, elle a juste monté d’un étage : on te donne un outil gratuit pour t’habituer, puis on te facture la version qui travaille vraiment.
À qui profite le bordel
Il y a une lecture optimiste. Si ChatGPT devient une vraie suite bureautique, les petites structures y gagnent un outil unique là où elles empilaient cinq abonnements. La collaboration dans un seul endroit, c’est pratique. Et la pression sur Microsoft pourrait faire bouger des prix qui n’ont pas bougé depuis quinze ans.
Il y a une lecture moins sympa. Un seul acteur qui tient ton assistant, tes documents, tes slides, ton calendrier et les plugins du tout, ça s’appelle un point de défaillance unique avec un abonnement mensuel. On a déjà donné avec le précédent. La différence, c’est que le précédent ne répondait pas à tes questions en inventant parfois la réponse.
Alors non, OpenAI n’a pas tué Microsoft hier soir. Word et Excel ont encore de beaux jours, et Redmond ne va pas regarder son poulain lui piquer ses clients les plus rentables sans réagir. Mais l’annonce marque un cap : l’IA générative arrête de se vendre comme une nouveauté et commence à se vendre comme un remplacement.
Le plus drôle dans l’histoire ? Microsoft paiera peut-être Azure pour héberger la machine qui lui bouffe son marché. C’est ce qu’on appelle un investissement à double tranchant. Voire à sens unique.
Sources :
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