Deux cent quatre-vingts milliards de dollars. À peu de chose près, le PIB du Portugal. C’est ce qu’OpenAI projette de cramer d’ici 2030, et le chiffre ne sort pas d’un forum complotiste : il vient du Financial Times. Flux de trésorerie profondément négatifs, infrastructure à financer, prix sous pression. La boîte ne planque même pas le trou, elle le pose noir sur blanc dans ses propres projections.
Souffle deux secondes. On ne parle pas d’une mauvaise année. On parle d’un trou cumulé, étalé sur cinq ans, un robinet grand ouvert dont personne n’a encore trouvé le bouchon.
La raison d’un tel délire tient en une thèse simple et brutale : si tu crois que ton produit va finir par valoir tout l’or du monde, dépenser des dizaines de milliards aujourd’hui n’est qu’une broutille. Les data centers, les puces, l’électricité, les cerveaux à huit chiffres, tout ça se paie d’avance. On en causait déjà à propos de ces data centers qui créent des jobs en béton pendant que la facture de gaz rapplique bien plus vite.
Le problème, c’est le deuxième bout de l’équation, et c’est là que ça pique. Les prix sous pression. Autrement dit, tu dépenses toujours plus pour construire, et tu encaisses toujours moins par token. La concurrence tire les tarifs vers le sol. Google a bradé sa voix IA, les modèles s’alignent tous vers le bas. Quand le coût de fabrication monte en flèche et que le prix de vente plonge, tu n’as pas un business, tu as une pince. Et elle se resserre à chaque trimestre.
Le pari d’OpenAI repose donc sur une seule chose : que l’AGI débarque à temps pour transformer cette montagne de dépenses en monnaie sonnante. Si ça marche, ils deviennent les rois du monde. Si ça rate, ils auront construit le trou le plus cher de l’histoire, avec des serveurs dedans.
Pendant qu’on aligne les zéros, la boîte tient aussi le registre de ses propres ratés. Les modèles qui dérapent, notés, documentés, classés. On vous racontait déjà les six dérapages avoués et rebaptisés en grand geste de transparence. Voilà qu’on nous ouvre le carnet de bord complet des sorties de route.
Rien d’illogique là-dedans, au fond. Une boîte qui brûle des sommes inouïes pour un produit pas encore à la hauteur finit par accumuler les preuves que ce produit n’est pas prêt. Un chèque de 280 milliards à venir, une liste de comportements chelous déjà consignée. Les deux documents racontent la même histoire : on est en pleine course, et personne n’a de frein.
En attendant l’AGI qui épongera la note, la courbe qui grimpe le plus vite dans les tableaux d’OpenAI n’est ni le chiffre d’affaires, ni la sécurité des modèles.
Sources :
Comments are closed