YouTube colle l’étiquette IA, Deezer te file la gomme

Un badge « AI » vient de débarquer dans YouTube Music. Reconnaissons-lui une qualité : il est honnête. La chanson que tu lances a peut-être été générée de bout en bout par une machine, elle continue de ramasser ses royalties comme les autres. Tout le programme de Google tient dans cette promesse : tu es prévenu, démerde-toi avec ça.

L’étiquette s’affiche sur la page du lecteur, et un clic dessus t’explique comment l’IA est intervenue dans le morceau. Le dispositif doit aussi gagner l’appli YouTube principale. Google dit avoir planché avec les partenaires de la filière musicale et mobilisé ses propres outils de détection pour repérer les titres concernés.

Côté déclaration, les partenaires rangent leurs morceaux dans trois cases. « Fully Gen AI » pour tout ce qui sort d’une machine, « Partly Gen AI » quand l’IA côtoie de vrais éléments enregistrés par l’artiste, et « No Gen AI » pour le reste.

Cette dernière catégorie cache une jolie entourloupe : elle absorbe aussi les titres retouchés à l’Auto-Tune. En clair, la correction de hauteur qui trafique les voix depuis des décennies, ce n’est pas de l’IA. Le curseur est posé pile là où ça arrange.

Tout l’enjeu du badge, c’est ce qu’il ne déclenche pas. Google a choisi la transparence contre la sanction : le fait qu’un morceau soit généré par IA ne le rend pas inéligible à la monétisation. Le badge informe, il ne pénalise pas. Google, qui bricole par ailleurs Dream Track, son propre outil de création musicale par IA, a donc tout intérêt à ce que la fête continue.

Le reste du secteur commence à serrer la vis. Spotify étiquette déjà les titres générés par IA. Apple Music compte lancer ses propres étiquettes « Made With AI » dans le courant de l’année. Deezer et TIDAL sont allés plus loin en limitant la portée et les royalties de ces morceaux. Et Deezer a même annoncé un réglage qui permettra aux abonnés de supprimer purement et simplement la musique entièrement générée par IA.

« Nous avons constaté une demande claire de la part de nos utilisateurs pour pouvoir filtrer la musique générée par l’IA », explique Alexis Lanternier, le directeur général du service. « Il est de notre responsabilité de contribuer à façonner un avenir fondé sur la transparence et le libre choix, dans le respect des artistes, des auteurs-compositeurs et des fans de musique. »

Le bonhomme sait de quoi il parle. Sur Deezer, plus de la moitié des contenus téléversés chaque jour sont des titres générés par IA, soit près de 90 000 morceaux quotidiens. Le vrai sujet n’est plus de savoir s’il faut étiqueter, mais ce qu’on fabrique avec ce déluge.

L’étiquette est devenue la monnaie la moins chère de la régulation IA. Ça ne coûte rien à personne, ça achète une bonne presse, et ça évite de trancher sur le fond. YouTube signalait déjà les vidéos générées par IA, Google avait déjà ouvert au public son détecteur de filigrane, celui dont on vous racontait qu’il avait un train de retard sur les tricheurs. Même logique à chaque fois : on prévient, on ne bloque pas.

Reste la fragilité du système. La classification repose d’abord sur la bonne foi des partenaires, les outils de détection maison de YouTube servant de filet de sécurité. Sur un terrain où chaque ayant droit a intérêt à minimiser son usage de l’IA, l’auto-déclaration a la solidité d’un serment prêté sous la contrainte. Et la boîte qui vend le générateur est aussi celle qui appose l’étiquette sur les générations. Chacun jugera de la rigueur du contrôle.

Bref, YouTube Music t’a offert exactement ce que tu réclamais : savoir. Décider si ça te dérange d’écouter une machine, et si tu as envie de la financer, ça, c’était pas dans le contrat. Google s’était engagé sur l’information. Il a tenu parole.


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