Bluesky te vend le vibe coding social, sa communauté regarde ailleurs

Quarante-sept millions d’inscrits sur la fiche de paie. Dans les faits, un réseau qui a vu des utilisateurs venir tester la baraque avant de retourner chez X. Voilà le décor que Bluesky traîne depuis un moment. Et la réponse de la boîte à ce léger souci d’engagement porte un nom : Attie.

Attie, c’était au départ un outil IA pour se fabriquer des fils d’actu sur mesure. Depuis jeudi, sur la scène du TechCrunch Disrupt 2026, la boîte en a fait tout autre chose. Tu tapes un prompt, et Attie te génère des sites, des quiz, des jeux, des sondages, des dashboards. Le genre de trucs qu’avant il fallait être développeur pour pondre. Tout ça vit sur l’AT Protocol, le protocole décentralisé qui fait tourner Bluesky et le reste de la galaxie qu’ils appellent l’Atmosphere.

Le vibe coding, version groupe WhatsApp

Toni Schneider, le nouveau patron, a vendu le concept avec la formule du moment. Attie, c’est du « social vibe coding », ou plus exactement « du vibe coding pour ta communauté ». Le bonhomme n’est pas un perdreau de l’année : ex-CEO d’Automattic, associé chez True Ventures, il a assuré l’intérim après le départ de Jay Graber en mars (elle est devenue chief innovation officer de Bluesky). Là, il pilote la boîte en pleine ère IA, et il a une thèse.

« Le vibe coding aujourd’hui, c’est à peu près une expérience solitaire, à un seul utilisateur, explique-t-il. Ce que je veux pouvoir faire, c’est construire ensemble, ou construire pour un groupe de gens. » Voilà pour le pitch. On construit à plusieurs, on partage, et la création est rattachée à ton identité ATProto. Attie ira même jusqu’à te suggérer des trucs à fabriquer en piochant dans ton profil public Bluesky. Tu peux apporter ton propre modèle d’IA ou taper dans de l’open-weight.

Tiens, ça tombe bien, on en parlait justement la semaine dernière à propos du vibe coding qui a enfin accouché d’une appli payante. Le concept avait déjà le vent en poupe chez les devs qui délèguent leur clavier à un LLM. Sauf que jusqu’ici, c’était un sport individuel. Bluesky veut en faire un truc de bande.

Et concrètement, ça donne quoi ? Sur le site d’Attie, tu tombes sur un clone de Flappy Bird rebaptisé « Flappy Butterfly », une boîte à rythmes, un quiz, et un idle clicker dont le héros est un mec en céleri. Chaque création a son lien sur le domaine attie.site et sa petite signature en bas de page, façon « ceci a été fabriqué par untel ». Une journaliste de The Verge s’est amusée à générer un sondage sur Pokémon Rouge et Bleu : quelques minutes et c’était plié. Son verdict douche un peu, par contre. Les expériences testées sont « des petites nouveautés plutôt légères », même si elle concède un faible pour la boîte à rythmes.

La distribution, ce cadeau empoisonné

Le vrai argument de vente, ce n’est pas le produit. C’est la distribution. Rose Wang, la COO, met les pieds dans le plat : « Tout le monde construit… Mais la grande question, c’est : qui utilise le truc que tu construis, parce qu’on n’a pas résolu le problème de la distribution. » Et d’enchaîner sur l’intérêt d’Attie : lui arrive avec la distribution de Bluesky, il ne débarque pas tout seul.

Sauf que la distribution en question, c’est justement le maillon faible. Bluesky revendique 47 millions d’inscrits, mais l’engagement, lui, se casse gentiment la figure : des utilisateurs venus tester la plateforme ont depuis regagné X. Tu construis donc pour une audience qui n’est pas forcément au rendez-vous. Le générateur de petits jeux est mignon, la salle est à moitié vide.

Bluesky compte aussi sur le soutien du protocole, et notamment sur le support des données privées, que Schneider présente comme la demande numéro un des développeurs. C’est en alpha, avec un déploiement prévu d’ici la fin de l’année. De quoi faire tenir des expériences sociales un peu plus intimes, celles où tu ne parles pas à la Terre entière. « Il devrait y avoir plein et plein de ces petites expériences sociales sympas pour tes amis », veut croire le CEO.

Reste que la stratégie a un goût de déjà-vu. Un réseau social qui perd ses utilisateurs découvre que le salut passe par l’IA générative et par du contenu fabriqué à la chaîne. Sauf que des mini-jeux pondus au prompt, ça n’a jamais retenu grand monde très longtemps, et la vraie question reste intacte : le jour où tout le monde peut fabriquer son petit dashboard, qui a envie de s’asseoir devant celui des autres ? Attie a peut-être raison sur un point : on n’a pas besoin de parler au monde entier vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais un réseau qui compte sur un clone de Flappy Bird pour retenir ses oiseaux, il a de quoi s’inquiéter. Quand quelqu’un trouvera enfin le jeu qui ramène les gens, il faudra le payer très cher.


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