Anthropic vient de régler un problème de propriété intellectuelle avec deux phrases. Pas un filtre maison, pas un classificateur entraîné pour l’occasion, pas un accord signé avec les ayants droit : deux phrases ajoutées au prompt système de Claude Code. Et on l’apprend par un employé sur X, pas par un communiqué.
Le décor, d’abord. Depuis quelques semaines, des gens sortent des portages non officiels de Halo et de GTA Vice City jouables dans le navigateur, par centaines, en s’appuyant sur Opus 5.5 et GPT-6 Astra. Derrière, des outils comme Reverse Engineer Anything collent un agent sur du reverse engineering pour transformer des binaires natifs en pseudocode lisible. Un développeur s’est fait remarquer en reconstituant des morceaux des applis Creative Cloud d’Adobe. Le jailbreak de la PS5 a lancé sa propre vague d’émulateurs. Après les images et les vidéos, la baston du copyright déménage dans le logiciel.
La riposte tient donc en deux phrases dans le prompt système d’Opus 5.5, d’après Addy Osmani, employé de la maison, qui l’a confirmé sur X. Se servir de Claude pour violer la propriété intellectuelle d’autrui contrevient à la politique d’usage, dit-il. La règle tourne depuis plusieurs jours et s’applique même quand le clone est renommé ou présenté comme une création originale. Tu peux toujours développer ton propre jeu, ton propre titre de genre, tes propres assets. En théorie, en tout cas : des utilisateurs rapportent des blocages sur des projets parfaitement originaux.
Un prompt système, ce n’est pas un filtre. C’est une consigne en langage naturel, adressée au modèle dans le même canal que la demande de l’utilisateur, sans aucun verrou technique derrière. Ça se contourne en reformulant. Ça ne s’audite pas de l’extérieur. Ça ne figure dans aucun changelog, ça n’a pas de numéro de version, et il n’existe aucun recours quand ça se déclenche à tort. Une politique de propriété intellectuelle qu’aucun client ne peut lire, écrite par on ne sait qui, modifiable sans préavis, avec un taux d’erreur que personne ne mesure. Trouve-moi un juriste qui signe ça sans transpirer.
Le plus discutable reste l’asymétrie. Les clones sortent aussi de GPT-6 Astra, et OpenAI n’a rien annoncé dans ce registre. Anthropic se met en conformité avec sa propre politique d’usage pendant que la boîte à outils du clonage, elle, ne bouge pas d’un pouce. La mesure protège l’entreprise, pas les ayants droit.
Osmani précise au passage qu’Anthropic continuera d’ajuster les règles. La règle est donc un objet instable, sans date d’entrée en vigueur publique ni périmètre publié. La semaine dernière, la même boîte proposait déjà aux créatifs australiens un opt-out sur l’usage de leurs œuvres, et se heurtait à un refus poli (Anthropic propose l’opt-out, les créatifs australiens répondent non). Le droit d’auteur se négocie désormais par cases à cocher et par paragraphes de prompt. Charmant.
Pendant ce temps, la patronne produit de Claude Code s’en va. Cat Wu a annoncé sur X que vendredi était son dernier jour chez Anthropic, sans donner de raison ni de destination. Elle pilotait Claude Code et Cowork, après un passage chez Scale AI et Dagster puis un détour par le capital-risque chez Index Ventures, et elle avait rejoint la maison en août 2024 comme cheffe produit de la recherche. Deux produits stratégiques se retrouvent donc sans tête affichée, au moment précis où l’un des deux change discrètement de doctrine.
Deux phrases dans un prompt, un départ annoncé sur X, zéro document public. Pour une société qui a publié 93 pages de S-1 pour expliquer que tout peut exploser (Anthropic dépose son S-1 : 93 pages pour dire que tout peut exploser), la transparence s’arrête pile à l’endroit qui la dérangerait.
Sources :
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