Attal veut mobiliser 200 milliards pour l’IA et le quantique

Attal veut mobiliser 200 milliards pour l’IA et le quantique

Gabriel Attal a promis mercredi de mobiliser 200 milliards d’euros pour l’intelligence artificielle et l’informatique quantique d’ici 2040. La moitié viendra du privé. C’est-à-dire, pour l’instant, de personne.

Le candidat Renaissance à la présidentielle présentait son programme économique en conférence de presse, et l’ensemble tient en deux promesses qui jurent de se retrouver dans la même bouche. La première : réduire le Code du travail à quelques dizaines de pages, supprimer un quart de la « charge administrative des entreprises » et faire voter dès l’été 2027 une loi de stabilité fiscale et normative pour dix ans. La seconde, planifier l’économie « comme le général de Gaulle l’a fait en son temps », avec 200 milliards à sortir d’ici 2040 sur l’IA et le quantique, à parts égales entre argent public et argent privé. Sa formule pour tenir les deux bouts : « libérer et planifier ».

Il y a un problème de comptabilité dans l’annonce, et il n’est pas mince. Les 100 milliards publics sont un engagement, contestable mais traçable dans des lois de finances. Les 100 milliards privés sont une espérance. On ne mobilise pas un investisseur comme un régiment : on lui promet un cadre fiscal stable, on lui passe des commandes, et on attend en croisant les doigts. Sur quatorze ans, la part publique fait environ 7 milliards par an. Le reste dépendra de gens qui n’étaient pas à la conférence de presse.

Le volet industriel a au moins le mérite de la cohérence : plus de subventions, des contrats. La commande publique comme levier, avec la référence obligée à SpaceX et à la NASA (« SpaceX ne serait jamais devenu SpaceX sans les commandes de la NASA »). Sauf que la NASA avait un budget voté, un programme signé et une administration pour passer lesdites commandes. Attal, lui, a un programme de campagne et quatorze ans devant lui.

Pour mesurer l’écart entre le plan et le terrain, un repère. En septembre, la start-up parisienne Delos a levé 10 millions d’euros en série A (Bpifrance Digital Venture et C4 Ventures en tête de tour, Founders Future à la suite) pour ses « AI Workers », des agents autonomes dotés d’une adresse mail, d’un numéro de téléphone et d’un compte Slack, avec 2 000 en production revendiqués chez plus de 300 clients. Dix millions. Le plan Attal, c’est vingt mille fois ce montant sur la période, ou environ sept cents fois ce tour de table chaque année jusqu’en 2040. Un deal ne fait pas une politique publique, mais l’ordre de grandeur donne le tournis.

L’autre moitié du discours, la libérale, contient sa propre autocritique. Attal a reconnu que « la simplification » avait été « une des promesses les plus déçues des deux quinquennats » d’Emmanuel Macron. Il était Premier ministre du second. On lui reconnaîtra la franchise. Reste à voter la « Constitution du travail », et l’été 2027 est déjà chargé : il y promet une loi de stabilité fiscale et normative pour dix ans. Un Parlement qui avale une stabilité fiscale décennale et une refonte du Code du travail dans les premiers mois d’un quinquennat, on ne l’a jamais vu. Le contraire, très souvent.

Le calendrier politique n’aide pas. Selon le sondage Cluster17 publié lundi, Attal et Édouard Philippe n’arriveraient chacun qu’en troisième position s’ils étaient seuls à représenter le bloc central. Un plan à quatorze ans, c’est aussi une façon de tenir le micro dans une campagne où on recule.

Reste le pari sur la croissance : rapprocher en dix ans le rythme français de celui des États-Unis de la dernière décennie, 2,4 % par an contre 1,2 %, selon les chiffres qu’il cite. Et une menace pour appuyer le tout : faute de maîtriser l’innovation, les générations futures n’auraient « plus que le choix de travailler dans des secteurs qui consisteront à accueillir des touristes américains et chinois ». La formule est dure, elle a le mérite de nommer ce que la planification est censée éviter.

Une question n’a pas été posée mercredi : combien de ces 200 milliards survivront au premier arbitrage budgétaire de l’été 2027 ? De Gaulle avait un budget voté et une administration derrière lui. Attal a un programme, un sondage à la troisième place et quatorze ans devant lui. La planification ne se décrète pas, pas plus que le quantique : elle se finance.


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