Le mot confiance revient partout, les chiffres nulle part. Une étude présentée à Singapour conclut que les jeunes femmes sont plus nombreuses que les hommes à se déclarer mal à l’aise à l’idée d’évoluer dans un environnement professionnel dopé à l’IA. Le reportage de CNA, signé Nadine Yeam, rapporte les appels qui suivent : plus de formation pratique, plus de mentorat, plus d’opportunités, pour qu’elles prennent la tête. Le groupement féminin qui porte l’étude ajoute qu’il y a là, dans l’économie IA de la cité-État, du talent qui dort.
Trois recommandations, une intuition, aucune donnée. La dépêche ne donne pas la taille de l’échantillon, ni l’écart en points entre les femmes et les hommes, ni le nom du groupement en question. Format court oblige, on ne va pas crier au scandale. Reste que la seule chose que le texte établit, c’est une déclaration : des femmes disent manquer de confiance. Pas qu’elles sont moins capables.
La nuance a l’air gratuite. Elle ne l’est pas.
Une personne qui évalue correctement un milieu qui la renvoie sans arrêt à sa place ne manque pas d’assurance. Elle lit la pièce. Dans un papier du 3 novembre, je reprenais une étude qui montrait que l’IA épargne l’emploi des femmes tout en laissant leur salaire pourrir. Si le problème était un déficit de confiance, les rémunérations suivraient la confiance retrouvée. Elles ne suivent rien du tout.
Alors on forme, on mentore, on accompagne. Pourquoi pas. Le souci, c’est que personne ne mesure l’après.
L’Irlande fournit le miroir. Dans une tribune publiée par Silicon.fr, Anne-Marie Tierney-Leroux, Technology Divisional Manager chez IDA Ireland, décrit un pays devenu en vingt ans l’un des grands carrefours mondiaux de l’IA et des semi-conducteurs, avec plus de 1 800 entreprises internationales sur son sol. Le modèle : des missions IA reliées à des résultats business vérifiables, chacune portée par un sponsor senior, avec les risques et les ressources humaines dans la boucle dès le départ. Côté compétences, Digital Skillnet, des académies et des centres de recherche appliquée forment « des milliers de professionnels » par an au machine learning, à la data science, à la cybersécurité et au calcul haute performance.
Le décor est planté avec les chiffres du Future of Jobs Report 2025 du World Economic Forum, qu’elle cite : 1,1 milliard d’emplois pourraient être transformés par la technologie dans la décennie, 86 % des entreprises touchées par l’IA et le traitement de l’information d’ici 2030. Emplois transformés, pas emplois supprimés. « L’IA ne supprime pas le travail, elle en redéfinit le contenu », écrit l’autrice. Une thèse, pas un résultat.
Et l’autrice n’est pas neutre, ce qui n’est pas un reproche : IDA Ireland est l’agence publique chargée d’attirer les investissements étrangers. Son métier, c’est de vendre le pays. On lit sa tribune comme une plaidoirie, pas comme un audit.
Ce qui saute aux yeux, c’est le trou au même endroit dans les deux textes. Des milliers de professionnels formés chaque année en Irlande, et pas un mot sur combien restent dans le secteur, combien accèdent à un poste à responsabilité, combien voient leur fiche de paie bouger. À Singapour, un appel à plus de mentorat, et rien sur ce que produisent les mentorats déjà en place. La formation est l’endroit où le débat s’arrête. Jamais celui où il se vérifie.
Former des jeunes femmes à l’IA, oui. Leur trouver des marraines, très bien. Mais tant que le seul indicateur publié sera le nombre d’entrées en formation, on saura combien de femmes ont été briefées, pas combien ont été promues. Et si la confiance manque, c’est peut-être qu’on leur a surtout appris à lire les chiffres.
Sources :
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