Delos a levé 10 millions d’euros. La boîte française ne vend ni GPU, ni licence de modèle, ni prompt magique : elle vend des collègues. Des « workers » affublés d’un prénom, d’une adresse mail, d’un numéro de téléphone et d’un ordinateur personnel. Des salariés en pixels qui prospectent, rapprochent les dépenses, pondent des articles SEO, pendant que tu dors.
Le pitch vient de Pierre de la Grand’rive, cofondateur et CEO, dans un entretien aux Affiches Parisiennes : « Demain, nous serons tous amenés à manager des salariés IA. » Dans trois ans, prédit-il, toutes les entreprises en auront et les organigrammes deviendront hybrides. Le tour de table (Bpifrance, CK Venture, Founders Future) est relayé par Le Hub, le média de Bpifrance, qui se trouve être au tour de table. Les 10 millions sont réels. La date butoir, moins.
Delos a été montée en 2023, juste après le raz-de-marée ChatGPT, par les deux frères de la Grand’rive. 40 salariés humains aujourd’hui, et des workers déployés dans 300 entreprises, selon le patron. Une trentaine de modèles préconfigurés : commercial, comptable, SEO, assistant personnel. Le commercial identifie les prospects, chasse sur LinkedIn, envoie mail, SMS, et peut carrément appeler au téléphone. Certains prospects sont « surpris » de recevoir un appel d’un agent autonome, reconnaît le CEO. J’imagine. Le comptable rapproche les dépenses et relance les impayés. Le SEO enquille les articles quotidiens. L’assistant cale les rendez-vous, transmet les documents à signer et lance les paiements.
L’argument du « salarié » n’est pas qu’une ficelle marketing. C’est aussi une réponse technique à un vrai problème : le chatbot qu’il faut réexpliquer à chaque conversation. Un worker a une mémoire, des accès, une boîte mail, un numéro. Tu lui parles comme à un collègue, sans prompt. Il travaille pour toute une équipe, pas pour un seul utilisateur, ce qui le distingue frontalement de ChatGPT ou Claude, rattachés à une personne. C’est exactement le terrain où se battent tous les assistants personnels, j’en parlais à propos de Claude Duet, Dots et Muse. Sauf que Delos pousse la métaphore un cran plus loin : pas ton assistant, ton employé.
Et c’est là que le mot « manager » commence à faire du bruit. Manager quoi, au juste ? Une entité qui ne négocie pas son salaire, ne prend pas de RTT, ne démissionne pas, ne se syndique pas et n’a jamais le seum le lundi matin. Le management, ici, se résume à configurer une fiche de poste, vérifier la sortie et couper l’accès si besoin. Appeler ça du management, c’est flatter le client autant que vendre un produit. L’organigramme hybride annoncé ressemble surtout à un inventaire de licences avec des prénoms dessus.
Reste la vraie question, celle que l’annonce ne pose pas. Quand le worker commercial appelle un prospect à 9h du matin, qui endosse le discours ? La surprise des prospects face à un agent autonome au bout du fil en dit long sur ce qu’ils avaient compris. Quand l’assistant lance un paiement sur la mauvaise facture, qui signe ? L’identité professionnelle complète, c’est pratique pour brancher l’agent dans Slack et le CRM. C’est aussi un moyen élégant de brouiller la frontière entre un logiciel et un humain, au moment précis où la personne d’en face n’a aucun moyen de savoir à qui elle parle.
Chez Delos, l’organigramme hybride tourne déjà en interne : 40 humains et une trentaine de workers, d’après le CEO. La meilleure démo de vente, c’est leur propre open space. Tu veux savoir si des salariés IA peuvent tenir un poste de bout en bout ? Demande à la boîte qui en vend et qui en embauche. Le seul détail qu’on attend encore, c’est qui, chez eux, les manage vraiment.
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