Huit des plus grands noms de l’industrie tech viennent de passer dans le clan du Pentagone. SpaceX, OpenAI, Google, Nvidia, Reflection, Microsoft, Amazon Web Services et Oracle ont signé des accords autorisant le Département de la Défense américain à déployer leurs modèles d’IA sur ses réseaux classifiés — les fameux Impact Level 6 et 7, le saint des saints du secret militaire.
L’objectif affiché est clair : transformer l’armée américaine en une « force de combat AI-first », capable de « maintenir la supériorité décisionnelle dans tous les domaines de la guerre ». En clair, de l’analyse de données sensibles à l’automatisation de certaines décisions tactiques, l’IA va infuser les opérations les plus confidentielles.
Les termes des contrats incluent une clause d’« utilisation légale » (lawful use), que les huit entreprises ont acceptée sans broncher. Mais c’est précisément cette clause qui a fait dérailler les négociations avec Anthropic, le créateur de Claude. La start-up, pourtant déjà sous contrat avec le Pentagone pour un deal de 200 millions de dollars, a refusé de signer sans garanties explicites interdisant la surveillance de masse domestique et les armes totalement autonomes.
Le Pentagone n’a pas aimé. En mars, il a carrément qualifié Anthropic de « risque pour la chaîne d’approvisionnement », une première pour une entreprise américaine. Résultat : interdiction pour les agences fédérales d’utiliser ses produits, et procès en cours. Anthropic a obtenu une injonction temporaire, mais le torchon brûle.
Pendant ce temps, les autres signent. Même Reflection AI, une start-up de deux ans à peine qui n’a encore rien sorti publiquement, mais qui promet des modèles open source pour contrer DeepSeek, et qui vise déjà une valorisation de 25 milliards de dollars. Nvidia en est actionnaire.
Côté transparence, on repassera. Les annonces officielles ne précisent pas quels modèles seront déployés ni pour quelles missions exactement. « Lawful operational use », c’est le genre de formule qui permet de dire tout et son contraire. Mais les budgets, eux, sont précis : 54 milliards de dollars rien que pour les armes autonomes, selon le Guardian.
Les « red lines » qu’OpenAI et Google prétendent avoir imposées (pas de surveillance de masse, pas d’armes autonomes) ne valent probablement pas grand-chose sans clause contractuelle explicite, du moins selon des experts juridiques. Mais dans la course aux contrats militaires, c’est peut-être le dernier des soucis.
Anthropic, de son côté, continue de faire de la résistance. Son dernier modèle Mythos, spécialisé en cybersécurité, est si performant qu’il fait trembler les banques et les agences de renseignement. Suffisamment pour que le Pentagone hésite à s’en passer complètement. Mais pour l’instant, la porte est fermée.
Et pendant que les humains se déchirent sur des clauses juridiques, les machines, elles, s’entraînent déjà en silence sur les réseaux les plus secrets de la planète.
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