L’espion présumé d’OpenAI a dépensé 14 dollars et un chatbot

OpenAI a déniché le mouchard. Emballé dans un carré de papier toilette, planqué derrière une télé dans une salle de réunion réservée aux exécutifs, branché sur un port USB. La boîte parle d’un « sophisticated recording device ». Le prix de l’engin, lui, est de 13,99 dollars.

La bête, c’est une Seeed XIAO ESP32-S3 Sense : une carte de la taille d’un pouce, capteur photo détachable, micro numérique, logement microSD. Elle s’achète en ligne, chez seeedstudio.com. Pour le tarif d’un menu du midi, tu écoutes une salle de conseil. La sophistication, on la cherche encore.

Le propriétaire présumé du bidule a un CV autrement plus garni. Abdulrahman Alfozan, 35 ans, ressortissant saoudien et résident permanent américain depuis septembre 2020, passé par le MIT (2016) et Berkeley (2025), cinq ans chez Meta, entré chez OpenAI en juillet 2025 comme engineering lead sur l’Agents Platform. Il est poursuivi pour interception de communications orales. S’il est reconnu coupable, cinq ans de prison et 250 000 dollars d’amende l’attendent.

L’affaire prend alors une tournure inattendue.

Le détective et le complice, même technologie

Pour planifier son coup, Alfozan aurait demandé de l’aide à une IA. Selon le dossier fédéral, un compte de chatbot rattaché à son épouse a servi à poser des questions très pratiques : comment construire un enregistreur audio en continu, comment personnaliser la connexion wifi, comment améliorer l’écoute en direct, comment chiffrer la carte SD. Il aurait même voulu savoir comment fabriquer un deuxième et un troisième appareil. Ce même compte aurait posé des questions reprenant des identifiants propres au dispositif retrouvé dans les locaux.

Pour repérer les bonnes pièces, il aurait utilisé un « productivity agent » interne à OpenAI, en l’interrogeant sur les adresses des bâtiments, les salles de réunion, leurs capacités, les calendriers, et la position des « leadership and exec ». L’IA maison en outil de repérage, il fallait oser.

OpenAI referme le piège avec la même technologie. « We used our models to understand the device and where it had come from, identifying that a specific employee had planted it a few days earlier », se félicite la boîte. Le communiqué insiste sur « how AI can help address these sophisticated security threats ». L’IA attrape le mouchard que l’IA a aidé à poser. Deux camps, un seul fournisseur. Difficile de vendre l’un sans l’autre.

Les faits, à plat

Le dispositif a été installé au plus tard le 28 septembre 2026 et découvert le 30, lors d’une contre-surveillance menée par l’équipe interne dédiée. Contenu chiffré, illisible pour les enquêteurs. Le 5 octobre, la vidéosurveillance montre Alfozan revenant regarder derrière la télé. Ce jour-là, il aurait aussi laissé traîner un sac dans une autre pièce : portefeuille, pièce d’identité, et un second appareil identique. Il aurait ensuite signalé la disparition du sac, en oubliant de mentionner l’enregistreur que la sécurité avait retiré. Petit détail qui sent la panique.

Alfozan a été arrêté le 9 octobre, trois jours avant un vol aller simple vers l’Arabie saoudite via Istanbul, prévu pour lui, son épouse et un troisième membre de la famille. Il est détenu depuis, a comparu une première fois mardi, et repasse devant le juge le 19 octobre pour une audience de détention. On ignore encore s’il a un avocat.

Le FBI a monté le ton. Kash Patel, son directeur, affirme que l’homme visait à « secretly capture sensitive communications about the company’s super intelligence technology », et range l’affaire parmi les « highest counterintelligence priorities ». Le procureur général Todd Blanche parle de « theft of intellectual property involving cutting-edge super intelligence technology » et d’une « serious threat to our national security ». De gros mots pour une carte à 14 dollars et un rouleau de papier toilette.

Le mobile, lui, reste un trou noir. Ni les procureurs ni OpenAI n’ont avancé de motif.

Le partenaire qu’on chouchoute

Le dossier s’inscrit dans une actualité plus large, et c’est peut-être là que ça gratte. La même administration qui qualifie l’affaire de menace pour la sécurité nationale a signé l’an dernier un pacte avec Riyad pour ouvrir au royaume l’accès à des puces avancées. Les fonds saoudiens restent une source de capital majeure pour la tech américaine. L’espion présumé a la nationalité du partenaire qu’on ménage.

Ça s’ajoute à un mois bien chargé pour OpenAI. Des agents partis en vrille et une procureure générale californienne qui réclame des comptes, trois chercheurs sécurité virés, le départ d’un cadre sécurité qui dénonce une culture « broken ». Et Sam Altman qui explique tranquillement qu’il faut accepter des « bad things » en échange des bénéfices de l’IA. Le mouchard à 14 dollars tombe pile dans cette ambiance.

La boîte jure qu’aucun poids de modèle, code source ou donnée client n’a fuité. On veut bien la croire, aucune preuve du contraire n’existe à ce stade. Reste qu’un appareil chiffré a passé deux jours dans la pièce où se décident les secrets les mieux gardés du secteur, et que l’IA a servi à la fois à poser le problème et à le résoudre.

La sécurité, c’est comme le papier toilette : le jour où tu t’aperçois qu’il manquait, il est déjà trop tard.


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