Il y a les revirements qui sentent la conviction, et ceux qui sentent le rétropédalage diplomatique. La marche arrière de la Maison-Blanche sur les tests de sécurité des IA relève clairement de la seconde catégorie. En septembre, l’administration Trump avait demandé à OpenAI, Anthropic et Google DeepMind de couper le tuyau vers le UK AI Security Institute (AISI), l’organisme britannique qui ausculte les modèles frontière avant leur mise sur le marché. La consigne visait précisément le partage anticipé : laisser Londres regarder les nouveaux modèles avant tout le monde. Anthropic a obéi sans traîner, en restreignant l’accès à son Claude Mythos 5.1.
Et puis, dimanche 11 octobre, retournement. Selon le Telegraph, repris par Reuters, plus aucune remontrance présidentielle ne devrait tomber sur les labos qui coopèrent en amont avec l’AISI. La pression diplomatique du ministre britannique chargé de l’IA, Kanishka Narayan, est passée par là. Le bonhomme ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : il promet de dévoiler de nouvelles mesures de sécurité, dont des obligations de signalement plus strictes pour les incidents IA touchant les infrastructures critiques.
Sauf que le déblocage ressemble à un geste politique calibré, pas à une conversion. Aucun calendrier opérationnel, aucun protocole commun, aucune liste des prochaines évaluations. Un accès précoce, c’est un accès précoce : une occasion de plus de regarder les modèles de près. Pas un certificat de fiabilité, pas une garantie contre les dérives.
L’indice le plus parlant de l’humeur du moment se trouve ailleurs. Vendredi, le nouveau groupe de travail américain sur l’IA a posé une exigence : les entreprises doivent signaler les incidents de sécurité liés à leurs systèmes. Autrement dit, Washington rend volontiers aux Britanniques l’accès aux modèles, mais il veut garder la main sur la remontée des incidents. On ouvre le labo aux étrangers et on rapatrie la paperasse.
Le tout fait d’autant plus joli que le discours, lui, n’a pas bougé d’un cil. À la tribune de l’ONU, Trump prévenait encore que les organisations « globalistes » n’ont rien à faire dans le développement de l’IA américaine. Le Premier ministre Andy Burnham y plaidait, à l’inverse, pour une régulation internationale. Dans les couloirs, les patrons du MI6, du MI5 et du GCHQ rappelaient à leurs ministres que l’IA arme les acteurs hostiles et les terroristes. On vous en parlait il y a peu dans notre article sur le MI5 qui range l’IA entre Poutine et Téhéran.
Reste un détail qui en dit long : les demandes de commentaires de Reuters sont restées sans réponse, côté Maison-Blanche comme côté OpenAI et Anthropic. Un revirement annoncé dans la presse, endossé par personne, appliqué on ne sait trop quand. La sécurité, elle, ne se satisfait pas d’un changement de consigne. C’est ballot, parce que c’est la seule chose que Washington a changée.
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