Musk ajuste son coup de poker juridique contre OpenAI

La semaine dernière, Elon Musk déposait une plainte contre OpenAI, accusant les dirigeants de fraude et exigeant le retour au statut à but non lucratif, ainsi que le renvoi de Sam Altman. Aujourd’hui, il ajuste sa mise : dans une version amendée du procès, il assure ne pas vouloir un centime pour lui-même, mais que les dommages et intérêts potentiels — potentiellement jusqu’à 150 milliards de dollars — iraient directement à la fondation à but non lucratif d’OpenAI. Le tribunal fédéral de Californie doit examiner l’affaire le 27 avril, et OpenAI a déjà répondu en qualifiant l’ensemble de l’affaire de ‘campagne de harcèlement’.

Pourquoi ce revirement ? Musk, qui a cofondé OpenAI en 2015 avant de claquer la porte en 2018, accuse depuis des années la société d’avoir trahi sa mission originale en devenant un géant capitaliste sous le contrôle de Microsoft. Dans sa plainte initiale, il exigeait des milliards pour lui-même — un peu ironique pour quelqu’un qui prétend défendre l’altruisme. Maintenant, il joue les philanthropes : ‘Je ne veux pas d’argent, je veux juste que l’argent aille à la bonne cause.’ Sauf que cette ‘bonne cause’, c’est la fondation d’OpenAI elle-même, une entité dont il conteste la légitimité depuis des années. C’est un peu comme dire : ‘Je vais te voler ton portefeuille, mais promis, je donnerai l’argent à ton association caritative préférée.’

OpenAI, de son côté, reste sur sa ligne : ils balaient l’affaire d’un revers de main, parlant de harcèlement et probablement en train de préparer une défense solide. Rappelons que la société a pivoté vers un modèle à but lucratif en 2019, avec une structure hybride où les profits sont plafonnés pour les investisseurs, et Musk a toujours crié à la trahison. Mais entre-temps, il a fondé xAI, lancé Grok (qui, rappelons-le, a généré du contenu pédopornographique pendant que le patron tweete des emojis), et participe à la même course aux armements qu’il dénonce. Le grand écart permanent, ici, atteint des sommets.

L’angle intéressant, c’est le timing. Musk dépose sa plainte, voit les médias s’emballer, puis ajuste sa stratégie pour paraître plus noble. C’est du théâtre juridique : il sait que réclamer 150 milliards pour lui-même le ferait passer pour un hypocrite encore plus gros, alors il redirige les fonds vers la fondation. Mais au fond, le but reste le même : faire pression sur OpenAI, peut-être ralentir leurs opérations, et gratter un peu de capital sympathie. Et pendant ce temps, Sam Altman, le prophète humble-mais-pas-trop, doit se marrer en silence : après avoir levé des milliards tout en prédisant l’apocalypse, voilà qu’il se fait attaquer par l’autre roi du pétard mouillé.

Ce procès, qu’il soit sérieux ou juste une nuisance, souligne une réalité plus large : tout ce beau monde joue au même jeu. OpenAI avec son messianisme, Musk avec son chaos-branding, Anthropic avec son safety-washing — ils courent tous après le compute, les levées de fonds et la dominance du marché, avec des emballages marketing différents. La seule différence, c’est que Musk a décidé de régler ses comptes en public, en ajoutant une couche de philanthropie de dernière minute pour faire joli. Reste à voir si le tribunal va mordre à l’hameçon, ou si ça finira en règlement à l’amiable avant même le 27 avril.

En attendant, prépare ton popcorn : le spectacle continue, et les avocats vont se régaler.


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