Jeff Bezos n’a pas que du temps libre pour ses yachts et ses fusées. L’ex-patron d’Amazon met les gros billets sur la table pour son nouveau bébé : le Project Prometheus, un labo d’IA physique qui vise les applications industrielles. Et quand on dit « gros billets », c’est une levée de 10 milliards de dollars à une valorisation de 38 milliards, avec JPMorgan Chase et BlackRock dans les starting-blocks. Pour ceux qui suivent, c’est la deuxième manche après un financement initial de 6,2 milliards l’an dernier. On parle d’un total de 16,2 milliards de cash injecté en moins de deux ans. Pas mal pour un projet encore dans les limbes.
Le truc, c’est que Prometheus, c’est pas juste un autre modèle de texte qui va te rédiger tes mails. On parle d’IA physique : des robots, des systèmes autonomes, des trucs qui bougent dans le monde réel. Le terrain de jeu préféré de Bezos, en somme. Après avoir dominé le e-commerce, les data centers et les livraisons par drones, voilà qu’il vise la colonisation de l’industrie lourde. Et les banquiers de Wall Street sont visiblement prêts à suivre le mouvement. JPMorgan et BlackRock, c’est pas exactement des fonds VC qui misent sur des slides PowerPoint. C’est du capital patient, lourd, qui sent l’argent sérieux.
Mais 38 milliards de valorisation pour un labo qui, à ma connaissance, n’a encore rien sorti de tangible ? Ça pue le benchmarketing façon Silicon Valley. Rappelle-toi : OpenAI a été valorisé à 80 milliards après des années de pertes abyssales, Anthropic à 350 milliards malgré des modèles qui tentent de faire chanter leurs utilisateurs. Dans ce contexte, 38 milliards pour Bezos, c’est presque raisonnable. Presque.
Ce qui est intéressant, c’est l’angle. Bezos ne joue pas sur le terrain des assistants conversationnels ou des générateurs d’images. Il vise l’industrie, les usines, la logistique, les infrastructures. Un marché énorme, moins médiatique, mais où les barrières à l’entrée sont colossales. Il faut du hardware, des robots, des capteurs, des années de R&D. Et surtout, de la patience. Quelque chose que Bezos a prouvé avoir avec Amazon. Le mec a perdu de l’argent pendant des années avant de devenir le géant qu’on connaît.
Mais attention à ne pas tomber dans le piège du storytelling. « Project Prometheus », ça sonne bien, mythologique, porteur de feu. Sauf que dans le mythe, Prometheus se fait bouffer le foie par un aigle pour l’éternité. Cette métaphore est peut-être malheureuse. En attendant, les investisseurs semblent prêts à avaler n’importe quelle narrative pour une part du gâteau Bezos. 10 milliards, c’est plus que le PIB de certains pays. Et tout ça pour un projet dont on ne sait presque rien, si ce n’est qu’il est « physique » et « industriel ».
Le vrai test, ce sera dans les prochains mois. Va-t-on voir des prototypes, des démos, ou juste des communiqués de presse et des levées de fonds ? Bezos a la réputation de jouer long terme, mais à ce niveau d’investissement, les attentes sont astronomiques. Et si les résultats tardent, même JPMorgan et BlackRock pourraient commencer à grincer des dents.
En attendant, le secteur de l’IA continue sa course aux armements, avec des valorisations qui défient toute logique économique. Bezos ajoute juste une nouvelle dimension : l’IA physique. Reste à voir si Prometheus apportera le feu aux industries, ou s’il finira comme Icare, les ailes fondues par le soleil des attentes démesurées.
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