Si t’as bossé dans un bureau ces derniers mois, t’as probablement vu passer le phénomène. Un collègue balance un rapport qui brille comme un PowerPoint de McKinsey, mais quand tu le lis, t’as l’impression de décrypter du charabia écrit par un bot qui a fait une overdose de jargon corporate. Bienvenue dans l’ère du ‘workslop’ – ce terme qui résume à lui seul le grand mensonge de la productivité boostée par l’IA.
Ken, copywriter dans une boîte de cybersécurité à Miami, en a ras-le-bol. Avant, il aimait son taf. Maintenant, il passe ses journées à nettoyer des textes générés par IA, bourrés d’erreurs et d’approximations, mais qui ont l’air impeccables au premier coup d’œil. Le pire ? Ces trucs lui sont refilés par des collègues pressés, fiers d’avoir ‘boosté leur productivité’ en utilisant un outil magique. Résultat : Ken corrige, réécrit, parfois repart de zéro. Sa charge de travail a explosé, son moral a dégringolé. Et les patrons, eux, se frottent les mains en regardant les graphiques montrer une belle courbe ascendante.
Le ‘workslop’, c’est l’envers du décor de la révolution IA promue par les Sam Altman et autres gourous du secteur. Ils te vendent des assistants qui libèrent du temps, mais en pratique, ça crée du travail de rattrapage. L’IA génère du contenu qui semble fini – polis, structuré, avec des phrases qui sonnent bien – mais qui foire sur le fond. Des chiffres inventés, des références bidons, des raisonnements bancals. Et comme c’est passé par une machine, tout le monde part du principe que c’est fiable. Jusqu’à ce que quelqu’un doive se taper la vérification.
Sur Hacker News, l’article du Guardian passe presque inaperçu – 5 points, 0 commentaire. C’est révélateur. Les techies sont peut-être trop occupés à développer la prochaine IA miracle pour remarquer qu’elle pourrit le quotidien de ceux qui l’utilisent. Ou alors, ils préfèrent regarder ailleurs. Parce que avouer que ton outil génère plus de problèmes qu’il n’en résout, ça fait désordre dans un pitch de levée de fonds.
Le vrai scandale, c’est que cette merde est vendue comme un gain de productivité. Les patrons voient les chiffres : moins de temps passé sur la première version, plus de tâches ‘accomplies’. Ils ignorent superbement le temps perdu à corriger, à déboguer, à reprendre depuis le début. Ken et ses potes sont noyés sous le ‘workslop’, mais dans les tableaux de bord, ils sont des héros de l’efficacité. C’est du foutage de gueule institutionnalisé.
Et ne me sors pas l’argument du ‘il faut mieux former les employés’. On sait tous que dans la vraie vie, les formations se résument à un PDF de 10 pages balancé par mail, et que la pression pour livrer vite est plus forte que celle pour livrer bien. L’IA, censée être un assistant, devient un générateur de dette technique humaine. Tu accumules les corrections, les vérifications, les réparations, et un jour, tout s’effondre. Ou pire, personne ne vérifie, et tu te retrouves avec un rapport plein d’erreurs qui sert de base à des décisions stratégiques. Bonjour les dégâts.
Alors quand un chef te parle de productivité boostée par l’IA, demande-lui combien de temps son équipe passe à rattraper les conneries des bots. Parce que le ‘workslop’, c’est pas un bug, c’est une feature du système actuel : on optimise les chiffres, pas le travail. Et ceux qui trinquent, ce sont les Ken de ce monde, coincés entre des patrons béats et des IA dysfonctionnelles. La révolution promise ressemble de plus en plus à une blague de mauvais goût.
Faut-il arrêter d’utiliser l’IA ? Non, mais faut arrêter de se voiler la face. Si ton outil crée plus de boulot qu’il n’en sauve, c’est pas un assistant, c’est un boulet. Et croire le contraire, c’est se noyer dans le ‘workslop’ en souriant.
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