Le Grand Remplacement qu’on t’explique mal

La semaine dernière, on a eu droit à une nouvelle vague d’annonces apocalyptiques sur l’IA et l’emploi. Goldman Sachs sort une étude qui parle de 300 millions de postes qui pourraient disparaître dans la décennie qui vient. À peu près au même moment, un cofondateur d’OpenAI balance une liste de métiers menacés sur les réseaux, avant de la faire disparaître plus vite qu’un tweet de Musk après un bide. Le résultat ? Un flou artistique qui fait plus peur qu’il n’éclaire, et une bonne dose de marketing de la peur pour faire monter les enchères.

Commençons par Goldman Sachs. Leur rapport, comme souvent avec ces études, est un mélange de projections économiques et de conjectures techniques. 300 millions d’emplois, ça fait un chiffre qui claque. Mais creuse un peu, et tu découvres que c’est une fourchette haute, basée sur des scénarios où l’automatisation avance à fond. Et surtout, ils ajoutent en petits caractères que ça pourrait aussi créer de nouveaux boulots, notamment dans les métiers manuels et techniques—électriciens, ingénieurs, etc.—pour construire et maintenir l’infrastructure de cette fameuse IA. En gros, ils jouent sur les deux tableaux : faisons peur aux gens, mais rassurons-les un peu pour pas qu’ils brûlent les serveurs. Classique.

Pendant ce temps, du côté d’OpenAI, c’est le cirque habituel. Un cofondateur—on ne sait pas lequel, mais peu importe—publie une liste de jobs à risque. Des trucs évidents comme les rédacteurs ou les assistants administratifs, mais aussi des trucs plus surprenants. Et puis, pouf, la liste disparaît. Pourquoi ? Trop précis ? Trop effrayant ? Trop con ? On ne sait pas. Mais ça ressemble furieusement à un coup de com’ mal calibré. Le genre de truc où tu veux montrer que tu es conscient des risques, mais sans trop en dire pour ne pas fâcher tes partenaires ou tes investisseurs. La stratégie Altman dans toute sa splendeur : parle de l’apocalypse, mais efface les preuves avant qu’on te pose trop de questions.

Ce qui est marrant, c’est que ces deux sources illustrent parfaitement le double discours du secteur. D’un côté, tu as les banques et les boîtes tech qui brandissent des chiffres chocs pour justifier leurs investissements et leur narrative du « changement inévitable ». De l’autre, dès que tu veux des détails, c’est le blackout. La liste supprimée d’OpenAI, c’est un symbole : on vous dit que ça va tout bouleverser, mais on ne vous dira pas exactement quoi, ni comment, ni quand. Parce que si on le faisait, peut-être que les gens commenceraient à poser des questions sur qui va vraiment profiter de cette révolution.

Et puis, il y a l’angle des « nouveaux emplois ». Goldman Sachs évoque une demande pour des électriciens et des ingénieurs. Super. Sauf que former un électricien, ça prend des années, et que les systèmes éducatifs actuels sont à la ramasse. Sans parler du fait que beaucoup des jobs créés seront probablement précaires, sous-payés, ou concentrés dans quelques régions. L’IA va peut-être générer de la richesse, mais la répartition, elle, reste un mystère. Et les rapports comme celui de Goldman ont tendance à l’oublier.

Au final, cette histoire de 300 millions d’emplois menacés, c’est plus du bruit que du signal. Oui, l’IA va transformer le marché du travail. Non, on ne sait pas à quelle vitesse, ni avec quelle ampleur. Les prédictions, c’est comme les promesses d’Elon : ça fait rêver, mais ça se réalise rarement comme prévu. Et les silences soudains, comme celui d’OpenAI, montrent que même ceux qui sont au cœur du système n’ont pas toutes les réponses—ou ne veulent pas les donner.

Alors la prochaine fois que tu vois un titre qui annonce la fin du monde professionnel, rappelle-toi : derrière les gros chiffres, il y a souvent des intérêts qui poussent à l’alarmisme. Et derrière les suppressions de tweets, il y a souvent une peur de dire la vérité. L’IA va peut-être remplacer des jobs, mais pour l’instant, elle remplace surtout la clarté par de la confusion.


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