Tu vas te faire du pop-corn ? Parce que le match du siècle est sur le point de commencer. Dans le coin rose, le Guardian avec son gant de velours. Dans le coin bleu, la cohorte des marketeux et consultants qui expliquent à quel point l’IA est géniale pour « reprendre le pouvoir ». Les deux ne parlent pas du même pouvoir, cela dit.
Le journal britannique a lancé ce matin « Reworked », une série d’investigations d’un an pour documenter comment l’intelligence artificielle transforme le travail et les rapports de force. Pas les projections de Sam Altman, pas les slides de McKinsey. Les témoignages des travailleurs américains qui bossent déjà avec – ou sous – des systèmes pilotés par l’IA. L’idée ? Casser le récit binaire de l’apocalypse jobless versus la promesse d’une prospérité radieuse. En clair : arrêter de prendre les gens pour des cons.
Et c’est là que ça devient drôle. Parce que pile au même moment, Adweek publie un entretien avec Sumit Virmani d’Infosys qui explique comment « l’IA redonne du pouvoir aux CMO ». Le type parle de « se positionner en partenaire de transformation, pas en opérateur marketing ». On croirait lire un prompt généré par ChatGPT après avoir ingurgité 50 rapports Gartner. C’est exactement le genre de bullshit corporate que le Guardian veut dégommer.
Le Guardian, lui, part du principe que si tu veux comprendre l’impact de l’IA sur le pouvoir, tu commences par en bas. Tu vas voir l’ouvrier d’entrepôt dont le rythme est dicté par un algorithme, le livreur dont la rémunération dépend d’un score opaque, l’employé de bureau dont chaque clic est monitoré pour « optimiser la productivité ». Le pouvoir dont parle Virmani, c’est celui des directeurs marketing qui récupèrent des tableaux de bord plus jolis. Pas exactement la même échelle.
« Reworked » promet de documenter en temps réel comment ces systèmes redessinent les moyens de subsistance, l’autonomie et les futurs. Traduction : est-ce que l’IA est un outil d’émancipation ou de flicage déguisé ? La réponse, on la sent venir, sera « ça dépend pour qui ». Mais au moins, quelqu’un prend la peine de poser la question aux premiers concernés, au lieu de leur balancer des PowerPoint sur la « transformation digitale ».
Pendant ce temps, dans l’univers parallèle des communiqués de presse, l’IA est une bénédiction qui permet aux CMO de « reprendre le contrôle ». Le contrôle de quoi ? De leur budget dépensé en outils SaaS probablement. C’est le syndrome classique : plus tu es haut dans la hiérarchie, plus l’IA te donne l’illusion du pouvoir. Plus tu es en bas de l’échelle, plus elle te le retire. Le Guardian a peut-être trouvé le seul angle qui vaille la peine d’être couvert : la vérité du terrain, sans filtre corporate.
Alors bien sûr, une série d’articles ne va pas révolutionner l’industrie. Mais après des années à se farcir les prophéties des Elon Musk et les sermons des Sam Altman, entendre enfin la voix de ceux qui triment au quotidien, ça fait du bien. C’est un rappel salutaire : avant de parler de « disruption » et de « paradigmes », demande-toi à qui profite le crime. Et surtout, à qui il coûte.
La bataille narrative est lancée. D’un côté, les storytellers du changement. De l’autre, les chroniqueurs du réel. À toi de choisir qui tu veux croire.
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