L’IA a soif d’eau et de courant, les États se renvoient l’addition

On le savait depuis un bail, mais fallait que ça sorte au compte-gouttes : l’IA a un appétit d’ogre. Pas seulement pour les données. Pour l’électricité et pour l’eau. Et cette semaine, une petite rafale d’annonces vient confirmer que la question n’est plus un détail qu’on planque à la page 47 d’un rapport de RSE.

Commençons par la Californie. Gavin Newsom a signé sept lois qui empêchent les datacenters IA de refiler la note d’électricité aux habitants. Concrètement, ces centres de données auront droit à leur propre catégorie de tarif, et ils paieront eux-mêmes les mises à niveau du réseau. Fini le petit jeu où tu construis un monstre qui aspire la moitié du secteur et où c’est le voisin qui voit sa facture grimper. The Verge et le Los Angeles Times ont sorti l’info presque en même temps, ce qui en dit long sur qui surveillait le dossier.

Sauf qu’une chose tique : interdire de refiler la note, ça ne règle pas le problème, ça déplace juste l’endroit où l’on signe le chèque. Reste à voir si les hyperscalers encaissent en silence ou s’ils commencent à faire la gueule en coulisses.

Pendant ce temps, à Bruxelles, on a eu une idée plus administrative. La Commission propose une étiquette énergie pour les datacenters, sur le modèle de celle de ton frigo. Une note, un dégradé de couleurs, et pouf, le public saura combien d’eau et de courant dévore le site d’à côté, dès qu’il dépasse 500 kW. Ça a l’air propre. Une étiquette, ça ne ferme pas un datacenter, ça ne l’oblige à rien. Ça informe. Et l’information sans sanction, on connaît la chanson.

Accordons tout de même un point aux Européens : ça met enfin des chiffres publics là où il n’y avait que des belles promesses de neutralité carbone et des slides vertes.

La surprise vient de Paris.

Un rapport d’une commission du Sénat, planché sur l’empreinte environnementale de l’IA, sort une conclusion qui sent bon le terroir. Pour réduire le coût écologique de l’IA, il faudrait développer… des datacenters en France. L’idée, c’est de s’appuyer sur notre électricité bas carbone (coucou le nucléaire) plutôt que d’aller cramer du charbon ailleurs. L’argument tient debout, faut pas déconner. Brancher un datacenter sur du nucléaire, c’est mieux que le brancher sur du lignite.

Sauf que la même commission soulève deux cailloux dans la chaussure, et pas des petits : le foncier et l’acceptation sociale. Autrement dit, où on met ces trucs, et comment on explique aux riverains qu’ils vont héberger le grille-pain géant qui alimente les chatbots. Le syndrome du « pas dans mon jardin », il ne s’évapore pas magiquement parce que le dossier a un vernis écolo.

On vous parlait d’ailleurs de l’île de Baltra où Apple planque son serveur jusqu’en 2029. Même topo : on choisit des coins tranquilles pour ne pas avoir à négocier avec des humains. Sauf qu’à un moment, il n’y a plus de coins tranquilles.

Et là-dessus, le sommet de la COP31 a décidé de remuer la pulpe. L’hôte de la conférence annonce que l’empreinte climatique de l’IA sera une priorité. Tiens donc. Après nous avoir vendu l’IA comme la solution au changement climatique, voilà qu’on se réunit en grande pompe pour en parler comme d’un problème climatique. On ne tourne pas un peu en rond, là ?

Le rapport français plante d’ailleurs le clou dans ce paradoxe. Son titre, en substance : l’IA, défi environnemental et opportunité pour la France. Les deux à la fois, donc. Le truc qui crame de l’énergie ET qui sauve la planète. Choisis ton camp, camarade.

Ce qui ressort de ce petit monde, c’est que tout le monde partage le même diagnostic. L’IA consomme, beaucoup, et ça ne va pas s’arranger. Le désaccord porte sur qui paie, qui arbitre, et qui décide où on plante le décor. La Californie tape sur les tarifs. Bruxelles colle des étiquettes. Paris plaide pour son nucléaire et son pré carré. La COP31, elle, va causer. Beaucoup. On connaît la valeur d’un sommet qui « fait de X une priorité » : ça finit dans le communiqué final, et souvent nulle part ailleurs.

En attendant, les serveurs chauffent. Eux, ils n’attendent pas le prochain rapport.


Sources :

Categories

Comments are closed

Latest Comments

Aucun commentaire à afficher.