L’IA fait de l’art et le Monet bidon se vend 40 000 dollars

Ce qui est drôle dans l’histoire de l’art IA, c’est qu’on est incapable de reconnaître un Claude Monet authentique quand on nous le présente comme une daube d’IA. C’est ce qu’a fait SHL0MS, un artiste anonyme, en mai dernier. Il poste une image sur X en disant « regardez comme l’IA a raté son Monet ». 600 commentaires pour lui dire que les couleurs étaient dégueulasses, la profondeur nulle, et que l’IA ne comprend rien à la lumière. Sauf que l’image, c’était un vrai Monet, un des 250 nymphéas, cropé du watermark. Résultat : il a minté le thread en NFT, l’a appelé « Inferior Image », et l’a vendu 40 000 dollars après 28 enchères.

Ce petit chef-d’œuvre de troll montre à quel point le débat sur l’art IA est devenu une foire d’empoigne. On crache sur tout ce qui sent le prompt sans même vérifier. Pendant ce temps, le marché de l’art IA existe bel et bien, fragmenté, contesté, mais bien plus gros qu’on ne le croit.

Dataland, le premier musée d’art génératif IA, a ouvert le mois dernier à Los Angeles. Son créateur, Refik Anadol, a entraîné un « Large Nature Model » sur 500 millions d’images de nature. L’entrée coûte entre 49 et 79 dollars, on porte un bracelet biométrique, et les œuvres changent en fonction de ses données. Et si l’on a 15 000 dollars, un robot peintre fabrique un tableau unique. Les 1 000 sculptures de données à 5 000 dollars pièces sont parties en 34 minutes. Pas mal pour un « techno-lava-lamp », comme l’a surnommé New York Magazine.

Mais attention : Christiane Paul, conservatrice au Whitney Museum, rappelle que l’art IA sérieux n’a rien à voir avec le fait de taper un prompt sur Midjourney. « Une image générée par prompt n’est pas de l’art », balance-t-elle. Pour elle, le vrai art IA, c’est entraîner ses propres modèles, bidouiller des extensions, construire des systèmes de contrôle. Et c’est « bien plus dur qu’un pinceau », parce qu’on dialogue avec une logique complètement différente.

Pendant ce temps, Christie’s a fermé son département art numérique, faute de ventes au-dessus de 400 000 dollars. Mais les banques d’images IA explosent : +80% de ventes après l’introduction de la génération IA. Les artistes traditionnels se font bouffer par la machine, et les consommateurs adorent. Bref, l’art IA est un putain de bordel où tout le monde s’engueule, mais où l’argent, lui, parle très fort.

Alors, quand on voit une image et qu’on crie à l’IA, il faut se poser : et si c’était un vrai Monet ? Et si le mépris était juste le signe qu’on n’a rien compris à ce qui se trame ? Comme le dit un article récent (The Conversation), Shakespeare aurait pu écrire une pièce là-dessus : « La Tempête » de l’IA, où les marionnettistes restent dans l’ombre pendant que le public hue un faux-semblant. En attendant, un collector a lancé Mold, un zine autonome sur la culture IA. Parce que oui, il faut bien documenter ce chaos.


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