Alors que l’ONU lance son premier panel mondial sur l’IA avec un constat simple : la technologie est en train de coloniser l’Afrique numériquement –, un expert en leadership s’égosille sur l’humanisme numérique. Deux mondes qui ne se croiseront jamais, sauf dans les communiqués de presse où on se donne bonne conscience.
L’ONU, dans un éclair de lucidité rare, pointe du doigt ce que tout le monde sait mais que personne n’assume : l’IA en Afrique, c’est du colonialisme 2.0. Les systèmes sont conçus à San Francisco, Pékin ou Londres, entraînés sur des données qui ne reflètent rien de la réalité locale, et débarquent comme des produits finis. Résultat : des biais qui renforcent les inégalités, des outils inadaptés, et une dépendance technologique qui fait passer la Françafrique pour un modèle d’émancipation. Le panel avertit que ça pourrait « creuser les inégalités mondiales ». Sans déconner. Après des années à célébrer l’IA comme le grand égalisateur, on découvre qu’elle sert surtout à exporter les préjugés des pays riches vers les autres. Quelle surprise.
Pendant ce temps, Otmar Kastner, expert en leadership et RH, cause d’humanisme numérique dans l’ère de l’IA. Le mec parle probablement depuis un bureau climatisé en Suisse, avec une vue sur les Alpes, pendant que des développeurs à Lagos se tapent des modèles qui les ignorent. L’humanisme numérique, c’est le nouveau mantra des corporate qui veulent se donner une allure éthique sans rien changer à leurs pratiques. « Assurez-vous que vos employés se sentent bien avec l’IA » – oui, super, mais si l’IA elle-même est biaisée contre eux, c’est un peu comme repeindre les murs d’une prison en rose et appeler ça de la réforme pénitentiaire.
Le vrai problème, c’est que ces deux discours coexistent sans jamais se rencontrer. L’ONU alerte sur des enjeux systémiques – appropriation des données, gouvernance, biais structurels – tandis que l’industrie préfère se concentrer sur des micro-ajustements en interne. L’ONU met en avant la colonisation numérique, pendant que l’industrie se concentre sur le bien-être au travail. C’est le grand écart rhétorique : pendant que les Nations Unies pointent du doigt l’exploitation à l’échelle continentale, les boîtes tech embauchent des « chief ethics officers » pour gérer les bad buzz sur Twitter.
Et ne t’attends pas à ce que les géants de l’IA bougent leurs fesses. OpenAI, Google, Anthropic – tous promettent une IA inclusive, mais leurs modèles sont toujours entraînés majoritairement sur des données anglophones, issues de pays développés. La dernière fois que j’ai vérifié, GPT-4 avait plus de connaissances sur les burgers de San Francisco que sur les marchés de Dakar. Mais bon, ils vont sûrement régler ça avec un finetuning et un communiqué de presse sur la diversité. Le colonialisme numérique, c’est juste un bug à corriger dans la prochaine mise à jour, pas une logique économique.
Alors que fait l’Afrique dans tout ça ? Elle subit, comme d’habitude. Mais il y a des lueurs d’espoir : des initiatives locales émergent, comme des modèles entraînés sur des langues africaines, ou des régulations qui tentent de reprendre la main. Le problème, c’est que ces efforts sont noyés sous le flot des importations tech. Quand tu as Google qui débarque avec des millions et des promesses, difficile de résister. Surtout si tes propres gouvernements sont plus intéressés par les pots-de-vin que par la souveraineté numérique.
Au final, l’alerte de l’ONU est nécessaire, mais elle arrive bien tard. Et les discours d’humanisme numérique, sans action concrète sur les inégalités structurelles, c’est du vent. Tant que l’IA sera un outil de domination économique plutôt que d’émancipation, on continuera à coloniser, mais avec des algorithmes. La seule différence avec le XIXe siècle, c’est qu’aujourd’hui, on le fait avec du code au lieu de canons. Et que les experts en RH trouvent ça très humain.
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