Scorsese chez Black Forest Labs : le papy du cinéma new-yorkais devient conseiller chez une boîte d’IA générative d’images. Depuis 2025, il est partenaire et conseiller de Black Forest Labs, une startup allemande spécialisée dans le text-to-image. Il s’en sert pour générer des storyboards et communiquer sa vision aux équipes. « C’est libérateur sur le plan créatif », qu’il dit. « On va plus vite sans sacrifier la qualité ni le savoir-faire. »
Ben oui, mais voilà : le monde du cinoche n’a pas tardé à monter au créneau. « Il jette les artistes sous le bus », accusent certains confrères. Le Guardian rapporte que la polémique enfle, avec des accusations de trahison artistique. Scorsese, le même qui défend le cinéma d’auteur contre Marvel, qui vitupère contre la standardisation des blockbusters, se retrouve à promouvoir une techno qui standardise justement la préparation des films. Ironie, quand tu nous tiens.
Bon, soyons honnêtes : utiliser l’IA pour des storyboards, c’est pas la fin du monde. Des tonnes de réalisateurs le font sans faire de vagues. Mais Scorsese, c’est une icône. Chaque prise de parole est scrutée, chaque geste interprété. Et là, le geste est maladroit. Il s’affiche comme défenseur de l’IA créative, mais sa base d’artisans du cinéma y voit une attaque contre leur métier. Le paradoxe, c’est que lui-même a toujours clamé que le cinéma, c’est d’abord du travail humain, de l’instinct, de la patte. Alors, utiliser une machine pour « libérer la créativité », ça sonne comme un oxymore.
C’est pas la première fois qu’une figure tutélaire du ciné se prend les pieds dans le tapis de l’IA. Mais là, le décalage entre le messager et le message est tellement énorme qu’on se dit : soit il a vraiment changé d’avis sur la technologie, soit il a signé un chèque sans penser aux conséquences. La deuxième option me paraît plus plausible. En attendant, le débat est lancé : est-ce que l’IA peut être « créativement libératrice » ou est-ce qu’elle fout en l’air des décennies de savoir-faire artisanal ?
Nous, on rappelle juste que l’IA est un outil. Un outil puissant, mais pas une baguette magique. Si Scorsese veut s’en servir pour accélérer ses storyboards sans virer ses chefs décorateurs, grand bien lui fasse. Mais s’il ouvre la porte à des remplacements massifs des équipes artistiques, là, c’est une autre paire de manches. À suivre.
P.S. : J’imagine déjà le storyboard IA d’une scène de taxi dans New York, avec De Niro qui demande « You talkin’ to me ? » généré en 30 secondes. C’est pratique, mais c’est pas ça qui fera oublier les mains tremblantes du dessinateur qui capte l’angoisse du personnage.
Sources :
Comments are closed