Alors que tout le monde regarde ailleurs, Meta s’apprête à faire un gros coup de pute. Selon le New York Times, la boîte de Zuckerberg bosse en interne sur une fonction de reconnaissance faciale pour ses lunettes connectées, baptisée « Name Tag ». L’idée ? Que tes Ray-Ban te chuchotent à l’oreille le nom et les infos de la personne en face, comme dans un épisode dystopique de Black Mirror qu’on aurait jugé trop cliché il y a cinq ans.
Le timing, lui, est savamment calculé. Un document interne, balancé au Times, précise que le lancement est prévu « pendant un environnement politique dynamique où de nombreux groupes de la société civile que nous attendrions [à protester] sont distraits ». Traduction : on sort la fonctionnalité quand les défenseurs de la vie privée ont le nez dans le guidon sur d’autres combats. C’est pas de la stratégie produit, c’est de la guerre de tranchées. Meta joue à cache-cache avec la régulation, et cette fois, ils ont carrément écrit leur plan d’évitement sur un slide PowerPoint.
La fonction en elle-même, « Name Tag », utiliserait l’assistant IA de Meta pour identifier les gens et balancer des infos contextuelles en temps réel. Sur le papier, c’est pratique : plus besoin de galérer à se souvenir du nom du cousin éloigné croisé en soirée. En pratique, c’est un fichier de surveillance portable que tu portes sur le nez, alimenté par une des bases de données faciales les plus monstrueuses de la planète. Rappelle-toi : Meta, c’est la boîte qui a pris 5 milliards d’amende pour avoir trafiqué les données de millions d’Européens. Leur credo en matière de vie privée, c’est « demandez pardon, pas la permission ».
Et là, ils remettent le couvert. Le pire, c’est l’hypocrisie du timing. Pendant qu’Anthropic pond des essais sur les risques existentiels et qu’OpenAI joue les prophètes de l’apocalypse, Meta, lui, avance ses pions en silence. Pas de grand discours, pas de paper académique sur l’éthique. Juste un feature roadmap qui dit explicitement : « On sort ça quand les emmerdeurs regardent ailleurs. » C’est du Zuckerberg pur jus – la version corporate du « faites pas attention, je suis juste en train de vider votre compte en banque ».
La question, c’est : est-ce que ça va passer ? L’Europe a le RGPD, les États-Unis ont des régulateurs qui se réveillent (lentement). Mais Meta mise sur la fatigue. Après des années de scandales, de commissions parlementaires et de procès, le public est lessivé. Les groupes de défense des libertés sont débordés. Et pendant ce temps, les ingénieurs de Menlo Park codent tranquillement le futur où ton visage devient une donnée publique, scannable par n’importe quel abonné à 299$ par mois.
Le vrai danger, c’est pas la techno en soi. La reconnaissance faciale, ça existe depuis des années. C’est la banalisation. Met ça dans des lunettes grand public, avec l’IA de Meta derrière, et tu normalises la surveillance en temps réel. Tu transformes chaque interaction sociale en potentiel dossier Facebook. « Name Tag » pourrait bien être le premier pas vers un monde où ton identité n’est plus à toi, mais à l’algorithme qui te regarde dans les yeux.
Et pendant ce temps, à la cafétéria de Meta, ils doivent se marrer. « On a trouvé le truc pour éviter les bad buzz : on lance quand y’a un putsch quelque part. » La classe.
Alors, prêt à porter des lunettes qui te balancent le CV LinkedIn de ton voisin de table ? Moi, je vais peut-être ressortir mes vieilles lunettes de soleil sans connexion internet. Au moins, elles espionnent pas.
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