OpenAI a découvert les vertus de la régulation internationale. Lundi, la firme de Sam Altman a publié une note de blog au titre sage, « Building standards for the next phase of AI », dans laquelle elle appelle à des normes mondiales partagées : évaluation coordonnée, reporting, gouvernance, le tout pour « améliorer la sécurité ». Dans l’annonce, une profession de foi. Dans les faits, un positionnement.
Parce que le qualificatif qui change tout, c’est celui que le Financial Times a relevé : ces standards, OpenAI les veut US-led. Mondiaux dans le discours, américains dans l’architecture. Une norme globale écrite à Washington, avoue que ça sonne tout de suite moins universel.
L’argument se défend. Les États-Unis ont les labos, les puces, les datacenters. Autant que ce soit eux qui fixent la barre. Sauf que réguler la planète depuis une seule capitale, c’est pas de la régulation mondiale, c’est de l’exportation de règles. Et à ce jeu, la Chine joue exactement la même partition de son côté. On en causait déjà à propos du fameux canal sino-américain monté pour se parler entre grandes puissances.
Le timing, maintenant. Ce même Altman doit briefer le Conseil de sécurité de l’ONU cette semaine, toujours selon le FT, après une poussée d’inquiétudes sur la sécurité des systèmes. Le patron du plus gros labo du monde débarque donc à l’ONU avec, sous le bras, sa propre proposition de cadre mondial. Appelle ça du lobbying si tu veux, moi j’appelle ça de la sculpture sur marbre.
Et il n’est pas seul à pousser. The Conversation le notait le week-end dernier : les appels à une régulation mondiale de l’IA se multiplient, et le besoin d’une réponse à l’échelle de la planète devient pressant. Le hic, c’est le comment. Parce que personne n’est d’accord sur qui tient le stylo.
Regarde le track record. Ça fait des années qu’OpenAI jure vouloir être régulé, avant, plus discrètement, de traîner des pieds dès que les règles arrivent. On a déjà raconté comment l’industrie s’est fait offrir un régulateur à sa solde et a quand même trouvé le moyen de dire non. Alors pardon si on accueille cette soudaine vocation onusienne avec un sourcil levé.
Le nœud du problème tient en une question : qui écrit la norme, et sur quelle base. « Évaluation coordonnée », ça veut dire quoi ? Des tests validés par qui ? Un reporting destiné à qui ? Une gouvernance pilotée par quel collège, avec quel droit de veto ? Tant que ces réponses restent floues, « normes mondiales » est un slogan, pas un mécanisme.
Et si t’as l’impression d’avoir déjà vu ce film, c’est normal. Les auditeurs prétendument indépendants, on a donné aussi. Indépendants de qui, au juste. Même structure narrative à chaque fois : on brandit la transparence pour mieux garder la main sur ce qu’on accepte de montrer.
Donc non, l’urgence n’est pas de savoir si l’IA sera un jour encadrée. Elle le sera. La vraie question, c’est qui tient le stylo quand la loi s’écrit. Et tant que la réponse commence par le nom du labo qu’on est censé surveiller, mondial restera un mot de catalogue.
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