Sam Altman a encore frappé. Pas avec un nouveau modèle, non, cette fois c’est avec un papier de politique industrielle qui promet de sauver l’humanité de l’apocalypse économique qu’il contribue à créer. Le titre ? « Industrial policy for the Intelligence Age ». Le sous-texte ? « On va vous expliquer comment gérer les dégâts de notre propre accélérationnisme, tout en levant encore des milliards ». C’est comme un dealer qui te vend des doses et te propose un séminaire sur la réduction des risques. Mais bon, au moins ça change des annonces de GPT-7.
Dans ce document, OpenAI propose un cocktail de mesures qui ferait rougir un social-démocrate suédois : des fonds de richesse publics financés par des taxes sur les profits de l’IA, une semaine de quatre jours, des filets de sécurité étendus, et des impôts sur les plus-values pour les riches. L’idée, c’est de « partager la prospérité » et de « construire des institutions résilientes » face à la superintelligence. En gros, ils veulent taxer les robots avant même qu’ils aient volé ton boulot. Autant mettre une taxe sur les voitures avant l’invention du moteur à explosion.
Mais le plus drôle, c’est le grand écart permanent. OpenAI, la même boîte qui perd 12 milliards par trimestre à courir après la prochaine itération de modèle, qui vend des licences à des entreprises pour automatiser des postes, qui promet une AGI qui pourrait rendre obsolètes des pans entiers de l’économie… et maintenant, ils jouent les planificateurs économiques bienveillants. Autant Jeff Bezos publierait un manifeste pour la justice fiscale tout en optimisant ses impôts dans les paradis offshore. La com’, c’est un art.
Parlons concret. Leur proposition de « fonds de richesse public » serait alimenté par des taxes sur les bénéfices des entreprises d’IA. Super. Sauf que la plupart de ces boîtes, y compris OpenAI, sont encore loin de la rentabilité. Et quand elles le seront, tu penses qu’elles vont accepter de se faire taxer gentiment ? Anthropic, Google, Meta – tous ces acteurs jouent le même jeu de la course aux armements, avec des valorisations astronomiques basées sur des promesses, pas des profits. Taxer des bénéfices qui n’existent pas encore, c’est comme vouloir partager le gâteau avant de l’avoir cuit.
La semaine de quatre jours, c’est l’idée la plus sexy du lot. Moins de travail, même salaire – qui dirait non ? Sauf que dans un monde où l’IA remplace les humains, la question n’est pas de réduire le temps de travail, mais de savoir si t’auras encore un boulot. OpenAI propose ça comme une solution à la perte d’emplois, mais en attendant, leurs modèles automatisent déjà des tâches dans la création de contenu, le support client, la programmation. C’est un peu schizophrène : « Désolé pour le chômage de masse, mais t’inquiète, on va te donner un jour de congé en plus. »
Et les taxes sur les plus-values pour les top earners ? Ironique, venant d’une boîte dont la valorisation a explosé grâce à des investisseurs comme Microsoft, et dont les dirigeants empochent des salaires à sept chiffres. Sam Altman, le même qui lève des fonds à des valuations délirantes, propose maintenant de taxer les riches. On attend avec impatience le chèque qu’il va envoyer au fisc.
Le vrai problème, c’est que ce papier sent le positioning politique plus que la sincérité. Avec les régulateurs qui commencent à s’agiter, les procès qui s’accumulent, et l’opinion publique qui s’inquiète, OpenAI a besoin de montrer qu’il est du bon côté de l’histoire. Publier un manifeste sur le partage de la prospérité, c’est moins cher que de payer des amendes ou de ralentir la course aux modèles. C’est du safety-washing économique.
Ces idées ne sont pas mauvaises pour autant. Un fonds public pour redistribuer les richesses générées par l’IA, pourquoi pas. Une semaine de quatre jours, ça se défend. Mais quand ça vient d’OpenAI, ça sonne faux. Comme si un pyromane proposait de devenir pompier volontaire. Leur crédibilité sur le sujet est à peu près au niveau de celle d’Elon Musk sur les délais de livraison.
Au final, ce papier est surtout un exercice de communication. Il donne à OpenAI une aura de responsabilité sociale, distrait des questions gênantes sur leurs pratiques, et leur permet de jouer les conseillers auprès des gouvernements. Mais dans les labos, la course continue, les modèles deviennent plus puissants, et les risques économiques se concrétisent. Alors, merci pour les suggestions, Sam. On en reparlera quand tu auras arrêté de contribuer au problème que tu prétends résoudre.
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