La France était-elle juste bonne pour les grèves et le fromage ? Masayoshi Son, le fantasque fondateur de SoftBank, vient de prouver le contraire. 75 milliards d’euros (ou 87,5 milliards de dollars selon le change) promis pour construire ce qui serait le plus grand complexe de data centers d’Europe, réparti sur trois sites : Dunkerque, Bosquel et Bouchain.
« C’est le plus gros investissement privé jamais annoncé en France », a lâché Son, comme s’il commandait un bento. Le tout, après un petit dîner avec Emmanuel Macron lors d’une visite à Tokyo en avril. « Son statut d’exportateur d’énergie a joué un rôle clé », a précisé le bonhomme. Pas faux : un data center, c’est un aspirateur à mégawatts, et la France a le nucléaire qui tourne encore.
Mais attention, ne va pas croire que c’est du philanthropisme. SoftBank veut faire de l’Hexagone le hub des data centers en Europe. Macron a tapé dans le mille : alors que l’Allemagne serre la vis sur le nucléaire, la France peut offrir une énergie pas trop chère et relativement décarbonée. Et quand SoftBank sort son carnet de chèques, les gouvernements s’alignent.
Pourtant, ce genre de promesse à plusieurs zéros, on connaît la chanson chez SoftBank. Le groupe a souvent annoncé des investissements XXL qui ont mis du temps à se concrétiser, ou qui ont été revus à la baisse. Alors oui, Macron peut jubiler, mais il fera mieux d’attendre de voir les premières bétonneuses sur les trois sites annoncés avant de sabrer le champagne.
L’autre question, c’est le timing. Alors que l’Europe cherche à réguler les infrastructures cloud avec des règles de souveraineté (souviens-toi du Gaia-X, ce doux rêve), voir SoftBank (japonaise, mais avec une forte odeur de pétrodollars saoudiens) planter son drapeau dans le Nord, c’est pas exactement un pur produit local. Mais bon, quand on parle de 75 milliards, les considérations géopolitiques passent souvent au second plan.
Reste à savoir si ce pari fou va rapporter. L’IA a soif de compute, c’est un fait. Mais le marché des data centers commence à saturer, et les géants américains (AWS, Azure, Google Cloud) ne vont pas laisser SoftBank bouffer tout le gâteau. En attendant, Masayoshi Son fait le show, Macron sourit, et les communes de Dunkerque, Bosquel et Bouchain se frottent les mains. L’avenir nous dira si c’était un coup de génie ou un pétard mouillé de plus.
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