Gemini appelle ta coiffeuse à ta place, la coiffeuse n’a rien demandé

Google a trouvé le moyen de te faire payer pour être au bout du fil. La fonction s’appelle « Call for Me », elle débarque en test sur les Pixel 11, uniquement aux États-Unis, et réservée aux clients qui crachent déjà pour un abonnement Gemini. Trois conditions pour qu’une IA passe tes coups de fil à ta place.

Le pitch est simple, presque trop. Tu délègues tes appels chiants à Gemini. Réserver une table, vérifier si le magasin a la vis dans la bonne taille, décaler un rendez-vous chez le dentiste. Tu n’as même pas besoin de lancer l’appel, l’IA compose toute seule et te rend le compte rendu. Google appelle ça une « expérience précoce », la formule poli pour dire « on teste sur vous et on verra bien ce qui casse ».

On a déjà vu ce film. En 2018, la même boîte avait déjà montré exactement ça sous le nom de Duplex. Un assistant qui appelait les restos, glissait des « euh » et des « hmm » dans sa voix pour passer pour un humain, puis raccrochait sur une salle en extase. Le truc a ensuite été raboté, limité à quelques villes, et discrètement enterré. On ressort donc l’idée sept ans plus tard, avec un LLM derrière et une étiquette neuve. Les vieilles démos ne meurent jamais, elles attendent leur GPU.

Sauf que cette fois, la gratuité a disparu. Pour déléguer ton appel, il te faut un Pixel 11 et un abonnement Gemini qui tourne. On en parlait déjà avec Googlebook : pour toucher la dernière brique de Gemini, il faut racheter le matériel qui va avec. Là, c’est pareil, sauf que la brique sert à téléphoner.

Et la vraie question, celle que Google esquive soigneusement : la personne qui décroche de l’autre côté, elle sait qu’elle cause à un logiciel ? En 2018, c’était tout le malaise Duplex, l’IA qui se fait passer pour un être humain sans prévenir. Sept ans plus tard, les papiers décrivent la fonctionnalité sans jamais mentionner cette petite formalité. On va mettre ça sur le compte de l’oubli.

Le plus croustillant reste le timing. Des années que Google et ses copains nous vendent des filtres anti-robocall, des listes de blocage, des IA censées protéger ton standard des appels pourris. Et voilà que le même géant te livre l’automatisation d’appel clé en main. Le robocall s’offre une couche d’abonnement, plus une caution bien pratique : « c’est ta voix, c’est pour toi ». Circulez.

Pendant ce temps, à l’autre bout du fil, il y a des gens. Des hôtesses d’accueil, des vendeurs de quincaillerie, des secrétaires médicales qui vont devoir trier le vrai client du client délégué à une IA qui n’écoute peut-être pas le bon menu vocal. Multiplie par quelques millions de Pixel et tu obtiens un standard qui se fait spammer par ses propres clients. Eux n’ont rien demandé, et ils n’ont pas la version bêta.

Bilan : tu achètes un téléphone, un abonnement, et le droit de ne plus jamais entendre la voix d’un humain. Eux, ils n’ont pas eu le choix, et raccrocher au nez d’une machine, c’est toujours mal vu.


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