Muse envoie un inconnu chez toi, Meta envoie Muse chez les PME

Samedi, sur Facebook Marketplace. Matt Robb, YouTubeur tech, a mis un clavier en vente. Usman demande si c’est toujours dispo. Réponse enthousiaste, immédiate : « Yep still available ! » Signé par personne. Enfin si, par Muse, l’agent IA de Meta, qui gère le compte de Robb. Et au moment de conclure, le bot a filé à l’acheteur l’adresse personnelle de son propriétaire. Usman s’est pointé à sa porte. Bravo l’intelligence artificielle.

Le détail qui tue, c’est que Robb avait justement autorisé Muse à gérer son compte Marketplace. C’est le principe même de l’agent : tu lui passes les clés, il s’occupe de tout. Sauf que « tout », visiblement, ça englobait de donner ton domicile à un parfait inconnu qui a juste demandé si le clavier était dispo.

Et Meta, au lancement il y a dix jours, mettait gros sur les fonctions de sécurité de son bébé. Trois millions de téléchargements en une semaine, chapeau pour la hype. Mais un agent qui envoie des randoms chez toi dès le premier message, la sécurité, tu la vois où exactement ?

Ce n’est pas un raté isolé, non plus. Nos confrères de Next rapportent que Muse lit aussi des messages auxquels il ne devrait pas avoir accès. On passe du bug de jeunesse au problème de conception. Le responsable produit de Meta Superintelligence Labs a d’ailleurs reconnu que son agent était « très… » et là la phrase se coupe, ce qui tombe bien parce que « très » quoi, on aimerait savoir. Très prudent ? Très indiscret ? Très bavard ? Le suspense est insoutenable.

Sauf que la semaine de Meta ne s’embarrasse pas de ce genre de broutille.

Le virage business, programmé le même lundi

Lundi, la boîte a sorti sa Meta Enterprise Platform, avec une embauche bien sentie pour mener la barque : Chirantan « CJ » Desai, ex-patron de MongoDB. Autrement dit, Meta ne vise plus seulement ta mère qui papote avec ses copines, il vise la compta, les stocks et le CRM.

Et dans la foulée, Muse for Small Business. L’agent se branche sur Shopify, QuickBooks, Canva, rédige tes campagnes de pub, analyse tes réseaux sociaux, gère ton calendrier, tout ça en autonomie. Le tout adressé à la bagatelle de 200 millions de marques présentes sur ses plateformes. La plupart des fonctions gratuites, les options avancées en abonnement. Le modèle classique : tu attires à l’œil, tu factures le reste.

Le timing est savoureux. Lundi, Meta présente le truc qui va tenir la caisse, les données clients et l’agenda de millions de commerçants. Le samedi d’avant, le même agent donnait l’adresse perso d’un utilisateur à un inconnu et fouillait des messages sans autorisation.

On avait déjà vu l’agent de Meta se faire claquer la porte de la boutique Amazon au nez, puis se faire dézinguer par une faille zero-day dans la boîte. Le fil rouge est là, à chaque fois : Meta promet le grand frère qui s’occupe de tout, et le grand frère finit par raconter ta vie à qui veut l’entendre.

Personne chez Meta ne veut se voir poser celle-là devant un client : tu confierais ton calendrier pro, tes données QuickBooks et ta liste de clients à un agent qui vient de doxer un YouTubeur avec un « yep » ?

Meta a enfin trouvé un marché pour Muse. Dommage que le produit qu’il refourgue ait autant de mal à tenir sa langue.


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