Tu veux savoir si l’IA te rend plus productif ? Demande à un Indien, il te dira oui. Demande à un économiste, il te rira au nez. Voilà le paradoxe du jour : d’un côté, un pays de 1,4 milliard d’habitants qui affirme que l’IA booste sa productivité comme jamais. De l’autre, les données macroéconomiques qui continuent de montrer des gains proches de zéro.
Commençons par l’Inde, parce que c’est là que le contraste est le plus saisissant. Une étude sortie aujourd’hui nous apprend que 9 professionnels indiens sur 10 déclarent que l’IA améliore leur productivité. Neuf sur dix. C’est le genre de chiffre qui fait rêver les consultants en transformation digitale. Sauf que quand on gratte un peu, on découvre que cette même étude révèle aussi que les coûts de la vie poussent une majorité à envisager un deuxième boulot. Donc l’IA te rend plus productif, mais pas assez pour payer tes factures. Belle ironie.
Pendant ce temps, dans le monde réel des chiffres, l’économiste de service nous rappelle que le boom de productivité promis par l’IA n’est toujours pas là. Le dernier article de The Economist sur le sujet, relayé sur Hacker News, enfonce le clou : après des années de promesses, on cherche toujours la moindre trace d’impact mesurable sur la croissance économique. Les entreprises dépensent des milliards en licences ChatGPT et Copilot, mais leurs chiffres de productivité stagnent comme un escargot sous sédatif.
Alors qui a raison ? Les Indiens qui déclarent se sentir plus efficaces, ou les économistes qui ne voient rien dans les données ? Spoiler : les deux. Parce que le problème n’est pas l’outil, c’est ce qu’on en fait.
En Inde, l’adoption de l’IA est massive et pragmatique. On parle pas de refaire le monde avec des agents autonomes, mais d’automatiser des tâches répétitives, de traduire des documents, de générer des rapports basiques. Des gains marginaux, mais visibles à l’échelle individuelle. Sauf que ces gains individuels ne se traduisent pas forcément en gains macroéconomiques, surtout quand l’économie est sous pression et que les salaires ne suivent pas.
Ailleurs, c’est l’inverse. Les entreprises occidentales investissent dans des solutions IA surdimensionnées, passent six mois à les intégrer dans des processus obsolètes, et s’étonnent que ça ne change rien. Le vrai problème, c’est que l’IA ne transforme pas magiquement une organisation inefficace en machine bien huilée. Elle amplifie ce qui existe déjà : si tes processus sont pourris, l’IA les rendra juste plus pourris, mais plus vite.
Et puis il y a la question des jobs. Le Financial Times pose la bonne question : est-ce que l’IA va créer plus d’emplois, moins d’emplois, ou simplement des emplois différents ? En Inde, l’optimisme est de mise, mais c’est un pays où la flexibilité est souvent un euphémisme pour « précarité ». L’IA améliore la productivité, mais elle accélère aussi la course au moins-disant social.
Le vrai scandale, c’est que tout le monde joue à ce jeu. Les vendeurs de solutions IA promettent des gains de 30% à 40%. Les économistes attendent des miracles dans les chiffres du PIB. Les travailleurs indiens espèrent que l’outil les sauvera de l’inflation. Et au milieu, la réalité : des gains ponctuels, localisés, souvent annulés par des inefficacités systémiques.
Alors oui, l’IA peut te rendre plus productif. Mais non, elle ne va pas sauver l’économie mondiale. Pas tant qu’on n’aura pas compris que la technologie ne fait que révéler les failles de nos organisations. Les Indiens l’ont peut-être compris : ils utilisent l’IA pour survivre dans un monde dur. Nous, on l’utilise pour faire des PowerPoint plus jolis. Devine qui va s’en sortir le mieux.
La prochaine fois qu’un commercial te parle de révolution de la productivité, demande-lui s’il a déjà payé un loyer à Mumbai avec ses gains d’efficacité.
Sources :
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