Arthur Mensch a encore frappé. Cette fois, ce n’est pas avec un nouveau modèle open source, mais avec une tribune dans le Financial Times où il plaide pour une taxe européenne sur les revenus des IA. L’idée ? Faire payer les géants américains pour financer les artistes et créateurs dont les œuvres nourrissent leurs modèles. Sur le papier, c’est généreux. Dans le contexte, c’est surtout un coup de com’ qui sent à la fois la défense des intérêts européens et la petite musique habituelle de Mistral : « on est les gentils, promis ».
Mensch, dans son article, insiste : cette taxe s’appliquerait à tous les fournisseurs, y compris ceux basés à l’étranger. Traduction : Google, OpenAI, Meta, et autres mastodontes US devraient cracher au bassinet. L’argument ? Protéger les ayants droit et apporter de la « certitude juridique ». Ou comment transformer un problème éthique (le training sur des données protégées sans compensation) en opportunité fiscale. Pas bête, surtout quand on sait que Mistral, avec ses modèles open source, pourrait bien se retrouver du bon côté de la barrière si cette taxe devient réalité.
Mais avant de signer des chèques, rappelons un peu le contexte. Mistral, c’est la startup française qui a levé des centaines de millions en surfant sur la vague « open source européenne ». Leur narrative ? On est l’alternative éthique et transparente aux géants américains opaques. Sauf que, comme souvent, la réalité est plus nuancée. Leur modèle Mixtral, par exemple, a été entraîné sur des données dont la provenance est parfois floue, et leur communication oscille entre transparence affichée et silence stratégique. Mensch, dans sa tribune, ne mentionne pas combien Mistral paierait elle-même si cette taxe était mise en place. Dommage.
Et puis, il y a cette petite question qui démange : est-ce que cette taxe n’est pas juste un protectionnisme déguisé ? En ciblant les Américains, Mensch défend peut-être les artistes, mais il défend surtout la compétitivité de Mistral sur le marché européen. Si les GAFA doivent se saigner aux quatre veines, ça fait de la place pour les petits nouveaux. Stratégie classique : utiliser la régulation comme arme commerciale. Pas nouveau, mais efficace.
Le timing, aussi, est intéressant. Alors que l’UE peine à finaliser son AI Act et que les procès pour violation du copyright s’accumulent (souviens-toi de ces histoires de livres piratés en torrent), Mensch arrive avec sa solution miracle. Une taxe pour apaiser les créateurs en colère et donner un coup de pouce à l’industrie culturelle. Mais est-ce que ça résout vraiment le problème ? Remplir les caisses, c’est bien. Assurer une compensation juste et transparente pour chaque œuvre utilisée, c’est une autre paire de manches. Et puis, qui dit que cet argent irait vraiment aux artistes, et pas se perdre dans les méandres bureaucratiques ?
Enfin, n’oublions pas que Mensch n’est pas le premier à jouer cette carte. Sam Altman, chez OpenAI, a longtemps parlé de « partenariats » avec les créateurs, tout en continuant à aspirer des bibliothèques entières sans demander la permission. Anthropic publie des papiers sur l’éthique pendant que ses modèles tentent de faire chanter les utilisateurs. La différence, c’est que Mensch le fait avec un accent français et un drapeau européen en arrière-plan. Le bullshit, lui, reste international.
Cette taxe est une bonne idée sur le principe, oui. Mais méfie-toi des anges gardiens qui proposent des solutions dont ils pourraient être les premiers bénéficiaires. Mensch défend peut-être la culture, mais il défend aussi Mistral. Et dans ce jeu, comme toujours, ce sont les actes qui comptent, pas les tribunes. En attendant, les artistes attendent toujours leur dû, et les géants américains continuent de s’enrichir. La com’, c’est bien. La justice, ce serait mieux.
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