Deepfakes, la grande lessive numérique : les États-Unis et le Royaume-Uni sortent le bâton

Les législateurs des deux côtés de l’Atlantique sortent l’artillerie lourde contre les deepfakes sexuels. Mais comme souvent dans ce genre de frénésie réglementaire, on peut légitimement se demander si on ne risque pas de tout foutre en l’air.

Aux States, c’est le Take It Down Act qui entre en vigueur. La loi oblige les réseaux sociaux à retirer rapidement les deepfakes sexuels et autres images intimes non consenties. Signée par Trump himself en mai dernier, elle a tout du texte qui part d’une bonne intention : protéger les victimes de revenge porn et de contenu généré par IA. Mais les experts avertissent : le texte pourrait bien, au pire, servir de prétexte à de la censure déguisée. Le diable se niche dans les délais – trop courts pour une vérification sérieuse – et dans la définition vague du « non consenti ».

De l’autre côté de la Manche, le Royaume-Uni n’est pas en reste. Ofcom, le régulateur des télécoms, annonce qu’il va mettre à jour son code de bonne conduite pour forcer les plates-formes à détecter et supprimer ce qu’on appelle pudiquement les « intimate image abuse » – revenge porn et deepfakes générés par IA, souvent à destination des femmes et des filles. La goutte qui a fait déborder le vase ? La vague de janvier dernier, quand le modèle Grok de Musk a été utilisé massivement pour créer des vidéos sexualisées de femmes en bikini. Un bel exemple de ce que l’IA peut faire de pire quand on lui donne des billes et zéro garde-fou.

Bon, soyons clairs : le problème est bien réel. Les deepfakes sexuels sont un fléau qui détruit des vies. Mais la manière dont on légifère pose question. Aux États-Unis, le Take It Down Act impose des délais de retrait si courts que les plates-formes préféreront supprimer en masse plutôt que risquer une amende. Traduction : bye-bye les contenus satiriques, les œuvres d’art, les témoignages militants, tout ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une image intime. Du côté britannique, Ofcom promet des « guidelines actualisées », mais on connaît la lenteur bureaucratique du régulateur.

Au final, ces lois rappellent que la régulation des deepfakes est un équilibre fragile entre protection des victimes et liberté d’expression. Trop de zèle et on flingue la satire, l’art, l’information. Pas assez et on laisse les salauds faire leur beurre. Les législateurs ont choisi leur camp : celui de la répression rapide. Reste à voir si ce sera efficace sans devenir un outil de censure.

MOGWAI pose ses cents : protéger les victimes, oui. Mais pas au point de donner aux géants de la tech un prétexte en or pour modérer à tout-va sans transparence. Surveillons de près comment ces lois seront appliquées. Et si vous êtes créateur de contenu, peut-être que le moment est venu de relire les CGU de vos plates-formes préférées, parce que ça risque de saigner.


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