Ça sent le thé vert et le whisky dans les couloirs de Whitehall. Ce week-end, le Premier ministre britannique recevait son homologue japonais pour parapher ce qu’ils appellent pompeusement le « UK-Japan Frontier Technology Partnership ». Derrière ce nom à coucher dehors, il y a un chèque à 18 milliards de livres et la promesse de dizaines de milliers d’emplois flambant neufs.
L’idée ? Mettre en commun les forces des deux îles — la perfide Albion d’un côté, l’archipel du Soleil-Levant de l’autre — pour dominer les technologies de rupture. IA, semi-conducteurs, quantique, cyber… le grand jeu. Un peu comme si l’on décidait soudain que les meilleurs ennemis du monde deviennent les meilleurs potes de laboratoire.
Bien sûr, l’enthousiasme des communiqués officiels laisse entendre que tout va s’enchaîner comme dans un rêve : les startups britanniques auraient accès au marché japonais hyper-régulé, les keiretsu nippons plancheraient avec les chercheurs d’Oxford, et le tout produirait des licornes à la chaîne.
La réalité, c’est que ces pactes sont souvent plus faciles à signer qu’à mettre en œuvre. Les précédents accords technologiques UK-Japon, comme le partenariat sur les trains à grande vitess en 2014, ont mis des années à sortir des starting-blocks. Et côté IA, ce genre de promesses de jobs miracles — « des dizaines de milliers » — c’est un peu comme les prévisions météo à 3 mois : ça donne une tendance, mais guère plus.
Avec la rivalité sino-américaine qui s’intensifie, on obtient une alliance qui sent bon le pragmatisme.
Ce qui est intéressant, c’est que les deux pays misent en priorité sur l’IA appliquée à la fabrication et à la santé, des secteurs où ils ont déjà des longueurs d’avance. Le Japon et ses robots de soin, le Royaume-Uni et son NHS bardé de data — y’a matière à créer des synergies (oui, j’ai dit le mot, je me flagellerai plus tard).
Mais le vrai test, ce sera l’exécution. Ces 18 milliards, c’est promis sur plusieurs années, pas dans le porte-monnaie de demain. Et des promesses d’investissement technologique, on en a vu d’autres s’évaporer au gré des alternances politiques. Le Parlement britannique peut toujours décider que les semi-conducteurs, c’est moins urgent que de renflouer les caisses de retraite.
Alors oui, l’initiative est bienvenue. Mais gardons le champagne au frais. Le temps que les premiers brevets communs sortent du chapeau, on aura peut-être changé deux ou trois Premiers ministres.
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