Le marché a relu la facture de l’IA et il a filé se planquer chez le Trésor

Ça devait bien finir par arriver. Depuis des mois, la question tournait en boucle dans les salles de marché : quand est-ce que le narratif IA arrêtera de tout emporter sur son passage pour se faire rattraper par ses propres chiffres ? Réponse cette semaine, et ça pique.

Le Kospi 200, l’indice sud-coréen qui penche à mort du côté des fabricants de puces mémoire, a lâché plus de 8% sur la nuit, jusqu’à un plus bas de six mois. Des coupe-circuits ont carrément arrêté la cotation par moments. SK Hynix a plongé de près de 11%, Samsung Electronics de 9,5%. Au Japon, le Nikkei 225 a perdu 4,9%, entraîné par un Kioxia à -11% et un SoftBank à -10%. SoftBank, tiens, le même qui a misé gros sur OpenAI et qui alimente la fameuse boucle d’argent que nous vous décrivions dans notre papier sur Nvidia.

Le déclencheur, c’est un chiffre sorti des États-Unis mercredi : 3,7% d’inflation en septembre, plus haut que prévu, la hausse la plus rapide depuis le pic de 4,2% atteint en mai. Histoire d’enfoncer le clou, les prix à la production ont grimpé de 6,3% sur un an en septembre, du jamais vu depuis décembre 2022. Les traders ont refait leurs calculs tout seuls dans leur coin : une nouvelle hausse des taux de la Fed, peut-être dès la fin du mois.

« Les marchés viennent de vivre 24 heures incroyablement tumultueuses, un fort chiffre d’inflation américain suivi par des craintes croissantes autour du trade IA », résument les analystes de Deutsche Bank menés par Jim Reid. Avant d’ajouter le détail qui ne rassure personne : ce n’est pas juste l’énergie qui tire les prix vers le haut, la hausse est large dans le panier de consommation.

Ce qui est gênant, c’est que personne n’est censé tomber des nues. Le FMI l’avait dit cette semaine, et on vous en parlait déjà : le risque qu’une correction boursière de l’IA se propage partout met en danger la stabilité financière mondiale. « Les conséquences d’une correction de l’IA pourraient être mondiales », prévient l’institution, qui pointe l’Asie comme la zone la plus exposée après les États-Unis. Le Royaume-Uni et la zone euro seraient potentiellement plus à l’abri, sauf pour les investisseurs qui ont du papier américain dans leur portefeuille. Comme on l’écrivait sur ce même FMI qui a compté les mises, le monde entier a poussé ses jetons sur la même case.

Le reste de la planète a suivi le mouvement. À Wall Street, le Nasdaq a encore perdu 1,4% à l’ouverture jeudi, après un mercredi à -1,9% (son pire score depuis juillet) et un S&P 500 à -1,1%. En Chine, le CSI 300 a glissé jusqu’à -2,4%, son plus bas depuis août 2025. À Taïwan, TSMC a reculé de 2% alors même qu’elle signait son sixième trimestre de bénéfices d’affilée. En Europe, le DAX a cédé 0,36% et le FTSE MIB italien 1,3%.

Et l’ironie est ailleurs que prévu. Quand les puces dévissent, les bons du Trésor américain montent. Les investisseurs cherchent un abri loin de la tempête IA, et ils le trouvent dans la dette du pays qui fabrique la tempête. Le débiteur et le pompier dorment sous le même toit.

Tu parles d’un signal. Le jour où le marché a enfin daigné regarder la dette planquée derrière le rêve IA, il a fait ses valises et il est allé se coucher chez le shérif. Le même shérif qui doit rembourser la note.


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