Imagine un instant qu’on te demande de fabriquer ton propre licenciement. Pas métaphoriquement, non, concrètement : tu passes tes journées à apprendre à une IA à faire ton taf, à lui filer tes ficelles, tes astuces, ta manière de penser. Et une fois qu’elle est opérationnelle, bye-bye, tu peux aller pointer à Pôle emploi. En Chine, c’est pas un scénario dystopique, c’est la réalité du terrain pour de plus en plus de tech workers.
Le MIT Tech Review rapporte ce matin que les patrons chinois ordonnent carrément à leurs employés de former des « doubles IA » pour les remplacer. Ça s’appelle le projet « Colleague Skill » sur GitHub, un outil qui promet de « distiller » les compétences et traits de personnalité de tes collègues pour les répliquer avec une IA. Sauf que derrière le jargon, c’est un coup de poignard dans le dos : tu crées toi-même ton successeur algorithmique.
La réaction ? Une « vague de remise en question » parmi ces early adopters pourtant habitués à la hype IA. Là, ça touche à l’existentiel. Faut être sacrément cynique pour exiger d’un salarié qu’il se suicide professionnellement. Et le pire, c’est que ça marche : les modèles deviennent assez bons pour reproduire les tâches routinières, voire certaines nuances humaines.
Tu te dis peut-être : « Oui, mais c’est la Chine, là-bas c’est différent. » Sauf que non. C’est juste la version accélérée et non filtrée de ce qui se prépare partout. En Occident, on emballe ça dans des jolis termes : « augmentation humaine », « collaboration homme-machine », « productivité augmentée ». En Chine, ils appellent un chat un chat : on te vire, et c’est toi qui prépares le dossier.
Le vrai scandale, c’est pas l’IA qui remplace les humains. C’est l’obligation faite aux humains de participer activement à leur propre obsolescence. Tu peux être un geek excité par les LLMs, mais quand ton boss te dit « forme ton clone pour qu’on te dégage », même le plus fervent évangéliste a un moment de doute. C’est la version corporate du « fais-toi plaisir » avant l’exécution.
Et pendant ce temps, à l’autre bout du spectre, le MIT parle de « bactéries miroir synthétiques » qui pourraient nous tuer tous. On s’inquiète pour des risques existentiels lointains pendant que des vrais gens se font dégager par leurs propres élèves IA. Priorités, quand tu nous tiens.
La leçon ? L’IA n’est pas neutre. Elle amplifie les rapports de force existants. En Chine comme ailleurs, ceux qui détiennent le capital utilisent la tech pour serrer la vis. Notre crédo « Assistants, pas remplaçants » prend tout son sens ici : si l’IA devient un outil de précarisation massive imposée d’en haut, on a raté le coche. Et crois-moi, ce qui se passe à Shenzhen aujourd’hui, ça arrivera à San Francisco demain. À moins qu’on commence à poser des limites éthiques avant que le miroir ne nous renvoie une image trop glaçante.
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