Altman trouve la génération Z coincée cinq ans en arrière
Sam Altman a un reproche à faire à la génération Z : elle veut faire ce qui était cool il y a cinq ans. Le détail qui pique, c’est que le cool d’il y a cinq ans, c’est justement le terrain que son entreprise passe son temps à labourer.
La citation exacte, dans un entretien à la Stanford Graduate School of Business rapporté par Fortune le 28 octobre : « Ma déception chronique avec les étudiants de MBA, c’est qu’ils veulent toujours aller faire le truc qui était cool il y a cinq ans plutôt que d’essayer quelque chose de nouveau. » Et d’ajouter, en direction des étudiants : « Je pense que c’est un excellent moment pour aller faire le truc nouveau. »
Ce qu’il décrit n’a rien de rassurant pour autant. « Une grande partie des tâches que les gens font aujourd’hui seront faites mieux, moins cher et plus vite par l’IA, et de manière complètement différente », a-t-il dit. De « larges pans » d’emplois actuels, tels qu’ils sont exercés aujourd’hui, passeront entièrement à la machine. Il précise lui-même que la bascule ne sera pas aussi rapide que beaucoup l’imaginent. C’est la nuance la plus honnête de l’entretien, et c’est aussi celle que personne ne retiendra.
Le conseil d’un homme qui a un parachute
Son raisonnement tient en une phrase : il faut démarrer sa carrière « au moment du plus grand changement, quand le terrain de jeu est le plus ouvert ». Puis : « Les gens avec un fort potentiel, de l’énergie, des idées, une nouvelle façon de voir les choses et de nouvelles compétences s’en sortent plutôt bien quand le sol tremble le plus. »
Le sol tremble, donc. Pour tout le monde, mais pas de la même hauteur.
Les chiffres qu’il brandit pour appuyer son appel à entreprendre sont réels : 5,7 millions de demandes de création d’entreprise déposées aux États-Unis en 2025, le total annuel le plus élevé des deux décennies de suivi du Census Bureau. Alexis Ohanian, cofondateur de Reddit, tient l’argument du « DNA » : ceux qui montent une boîte depuis deux ans baignent dans l’IA dès la première ligne de code, quand les autres tentent de greffer le truc sur un organisme déjà calcifié. Mark Cuban, lui, voit dans l’IA un « levier » : ne pas s’en servir pour aller plus vite et décider mieux, c’est partir avec un handicap.
Tout le monde est d’accord sur le diagnostic. C’est sur la facture que ça se gâte.
À La Haye, la même année, un autre usage du même argument
Les Pays-Bas prévoient 25 000 suppressions de postes dans la fonction publique, en invoquant les économies que l’IA permet de dégager, avec un calendrier qui court jusqu’en 2027, rapporte TechRepublic. Ceux-là ne montent pas de boîte. Ils ne cherchent pas à saisir l’opportunité du siècle. Ils sont dans un tableau Excel budgétaire, colonne « gains d’efficacité ».
Le scénario rappelle celui de Barclays il y a quelques jours, 5 000 postes en moins et l’IA priée de porter le chapeau (voir mon papier du 23 octobre). Sauf qu’ici, personne n’a besoin de désigner un coupable : l’IA n’est même pas un argument, elle est une ligne de crédit.
La transition, quelqu’un doit la financer. Deux économistes français, Jean-Hervé Lorenzi et Alain Villemeur, proposent leur solution dans une tribune au Monde : une « révolution fiscale » et un système de bonus-malus pour encadrer les coûts de création et de destruction d’emplois. Leur argument de fond est classique : les révolutions industrielles précédentes ont, sur le long terme, toujours créé plus d’emplois qu’elles n’en ont détruit.
Le membre de phrase qui travaille le plus dur dans cette thèse, c’est « sur le long terme ». Entre la destruction et la création, il y a un type avec un crédit immobilier, un type de quarante-sept ans et un type qui n’a pas le profil pour le poste d’après. Le bonus-malus a au moins le mérite de poser la question que ni Altman ni les plans d’économies néerlandais ne posent : qui paie pendant l’intervalle ?
Il y a même, quelque part sur le web, un site consacré à la leçon de l’IA sur l’emploi, The Quiet Part, construit et raconté par une IA. Le messager est aussi le sujet. Pédagogie ou autoportrait, la question reste ouverte.
Ce que le conseil ne coûte pas
Altman a peut-être raison sur un point : les gens à fort potentiel s’en sortent mieux quand le sol tremble. Encore faut-il avoir de quoi tenir debout. Lui a une plateforme, un entretien à Stanford et un conseil gratuit à distribuer. Le conseil ne lui coûte rien. La facture, elle, est déjà partie dans les tuyaux, direction La Haye.
Sources :
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