AWS joue les bookmakers de l’IA en misant sur tous les chevaux

Alors que l’IA devient le nouveau champ de bataille des clouds, AWS a décidé de ne pas choisir son camp. Le géant d’Amazon a investi des milliards à la fois chez OpenAI et chez Anthropic, deux rivaux qui se détestent cordialement. Matt Garman, le CEO d’AWS, sort du bois pour expliquer que ce n’est pas un problème. « C’est dans notre culture de gérer la concurrence », lâche-t-il, comme si mettre de l’argent sur deux chevaux dans la même course était une pratique business classique et non un calcul risqué.

Traduction : Amazon a trop peur de louper le prochain GPT ou Claude qui va tout exploser. Alors plutôt que de miser sur un seul modèle, ils arrosent tout le monde. OpenAI, c’est le favori médiatique, celui qui génère le plus de buzz (et de contentieux). Anthropic, c’est le challenger sérieux, avec son vernis éthique et ses levées de fonds record. AWS les finance tous les deux, s’assure qu’ils tournent sur ses serveurs, et empoche les loyers quelle que soit l’issue de la course. Malin ? Ou simplement l’aveu qu’ils n’ont pas réussi à bâtir leur propre champion en interne.

Garman insiste : « Ça reflète une compétition saine. » Sauf qu’en vrai, c’est surtout une compétition payante. AWS se positionne en bookmaker impartial, mais en coulisses, ils ont tout intérêt à ce que la guerre des modèles dure le plus longtemps possible. Plus OpenAI et Anthropic s’étripent pour la suprématie, plus ils consomment de compute. Et qui fournit le compute ? Exactement. C’est le deal parfait : financer les deux armées pour qu’elles s’entre-tuent avec tes propres armes.

Le discours sur la « collaboration diverse depuis les débuts » sonne creux. AWS a toujours eu cette politique de partenariat-compétition, mais là, on parle d’investissements massifs dans des entités qui se livrent une guerre existentielle. OpenAI veut dominer le marché avec des modèles toujours plus gros ; Anthropic prétend faire la même chose, mais en mieux et avec des garde-fous (qu’ils ignorent allègrement au moment du déploiement). AWS mise sur les deux, espérant que l’un ou l’autre – ou les deux – devienne un moteur de croissance pour son cloud. Si ça foire, ils perdent quelques milliards. Si ça marche, ils deviennent la plateforme incontournable de l’IA, peu importe qui gagne.

Reste à voir comment OpenAI et Anthropic digèrent ce double jeu. Sam Altman et Dario Amodei sont peut-être rivaux, mais ils ne sont pas stupides. Savoir qu’une partie de leur budget R&D vient du même portefeuille que celui de leur concurrent direct, ça doit piquer. Surtout quand AWS leur vend aussi des instances de calcul à prix d’or. C’est le cercle vertueux du capitalisme cloud : tu investis dans mes ennemis, je t’achète tes serveurs, et on fait semblant que tout va bien.

Au final, cette stratégie dit plus sur la panique d’AWS que sur sa confiance. Amazon a raté le virage des modèles fondateurs, et maintenant, ils rachètent leur place à coups de chèques. Les conflits d’intérêts ? Ils s’en foutent. L’important, c’est de ne pas devenir le prochain Google, qui regarde passer le train de l’IA depuis le quai avec ses propres modèles bancals. AWS préfère être le propriétaire des rails, même s’il faut graisser toutes les locomotives.

Du génie stratégique ou du pur foutage de gueule ? À toi de voir.


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