Les femmes sont à la porte du boom IA, et en première ligne pour le crash
Silicon Valley a un nouveau cauchemar, et il porte un nom : le « sous-prolétariat permanent ». Soit tu décroches un des jobs IA grassement payés qui poussent comme des champignons, soit tu restes coincé en bas de l’échelle pour l’éternité. Charmant programme.
Sauf que pour les femmes, ce futur dystopique est déjà au présent. On en causait dans notre papier sur les trois boulots que l’IA t’a filés à la place de tes vacances : la promesse de libération se transforme en charge de travail déguisée. Le Guardian remet une pièce dans la machine : les femmes tiennent une fraction minuscule des nouveaux postes de l’IA, mais elles sont surreprésentées dans les métiers que l’IA va bouffer en premier.
Elles ne construisent pas l’outil, mais c’est elles qui vont prendre le sparadrap.
Deux files d’attente, et pas la même vitesse
Le raisonnement est simple, presque bête. Les jobs qui montent restent très masculins : chercheurs, ingénieurs, data labelers (et la légende du labeller à 200 000 dollars, on repassera). Les postes qui prennent l’eau sont, eux, massivement féminins : administratif, support client, saisie, coordination. Tout ce qu’un agent bien dressé avale sans faire de bruit.
Résultat des courses : le boom profite à ceux qui étaient déjà dans la pièce, et il refile l’addition à ceux qui tenaient la boutique.
Personne ne devrait tomber de sa chaise. La tech a un problème de genre qui date pas d’hier, et l’IA ne l’a pas inventé, elle l’a industrialisé. À chaque fois qu’un secteur explose, les mêmes réflexes reviennent : on embauche dans son réseau, et le réseau, il est rarement paritaire.
Le « sous-prolétariat » était prévu, mais pas pour tout le monde
L’expression fait froid dans le dos, et elle est censée décrire un futur lointain. Quand tu es femme dans la tech et que ton poste trône en tête de la liste des automatisations, le futur lointain, c’est ton lundi matin.
L’article du Guardian a un défaut : il pose le constat mais reste avare en chiffres. On a une tendance, pas un tableau de bord. C’est frustrant, parce que le sujet mérite mieux qu’un paragraphe d’intro. Mais la tendance colle à tout ce qu’on observe depuis deux ans : l’IA fabrique des gagnants et creuse l’écart pour les autres.
Et le pire, c’est le discours
Le secteur adore se raconter l’histoire inverse. « On démocratise l’IA », « on ouvre à tous », « les barrières tombent ». Des barrières tombent peut-être pour ceux qui avaient déjà le pied dans la porte. Pour les autres, on en a construit des neuves, avec du beau design et un modèle de langage pour te dire bonjour.
Le vrai test, ce n’est pas le couplet sur la diversité dans la keynote. C’est de savoir qui code, qui décide, et qui ramasse les miettes quand le robot prend ton boulot. Pour l’instant, l’ordre est connu.
Le boom de l’IA n’a pas inventé l’inégalité. Il lui a juste offert un GPU.
Sources :
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