Le Royaume-Uni a enfin son cheval de bataille dans la course aux supercalculateurs. Et il vient de lui greffer un turbo marketing en forme de Sheryl Sandberg et Nick Clegg. Nscale, cette startup londonienne qui prétend construire l’infrastructure de calcul nécessaire aux ambitions IA du pays, vient de lever 2 milliards de dollars. Une manne qui la valorise à 14,6 milliards, à peine six mois après une précédente levée de 1,1 milliard. Derrière l’opération, un gros chèque de Nvidia, qui s’accroche à son statut de banquier officiel de l’IA.
Sur le papier, tout est parfait. Un gouvernement qui rêve de souveraineté numérique, une startup qui promet des data centers sur mesure pour l’entraînement des modèles, et deux poids lourds de la tech — l’ex-COO de Meta et l’ex-VP des affaires globales — pour apporter un peu de lustre corporate. Sauf que si tu grattes un peu sous le vernis, l’histoire sent surtout le storytelling bien huilé.
La com’ avant le compute.
Nscale, c’est l’archétype de la startup qui surfe sur la vague « souveraineté ». Le gouvernement britannique, paniqué à l’idée de se faire distancer par les États-Unis et la Chine, a besoin d’un champion national. Nscale se présente comme la solution. Problème : construire des data centers à la hauteur des besoins de l’IA moderne, c’est un chantier titanesque, long, et incroyablement coûteux. Les 2 milliards levés, c’est une somme colossale, mais dans ce secteur, c’est presque l’entrée de jeu. Google, Microsoft ou Amazon dépensent ça chaque trimestre dans leurs infrastructures.
L’arrivée de Sandberg et Clegg, c’est du pur génie marketing. Sandberg, c’est l’icône du business opérationnel, celle qui a fait tourner la machine Meta pendant des années. Clegg, c’est l’homme des couloirs du pouvoir, celui qui sait négocier avec Bruxelles et Washington. Ensemble, ils envoient un signal fort : Nscale n’est pas qu’un projet technique, c’est un acteur politique et économique. Sauf que pour l’instant, à part des annonces et des levées de fonds, on a peu de preuves concrètes. Le site phare du projet, un supercalculateur dans l’Essex, est toujours décrit dans la presse comme un « chantier de scaffolding ». Traduction : beaucoup d’échafaudages, peu de serveurs.
Le piège de la dépendance à Nvidia.
L’autre angle qui pique, c’est la présence massive de Nvidia dans le capital. Le géant du GPU est partout, et sa stratégie est claire : financer ceux qui vont acheter ses puces. Nscale, en s’appuyant sur Nvidia, garantit un accès privilégié aux H100 et autres B200. Mais ça fait aussi d’elle un maillon dans l’écosystème du géant, pas vraiment un acteur indépendant. La souveraineté tant vantée ressemble alors à un joli mot pour cacher une dépendance technologique accrue. Le Royaume-Uni veut son champion, mais ce champion est branché en intraveineuse sur le hardware américain.
Et après ?
Nscale a désormais les moyens — ou du moins, l’argent — de ses ambitions. Reste à voir si elle pourra livrer. Dans un secteur où les promesses de « révolution infrastructurelle » se heurtent souvent à la dure réalité des câbles, du refroidissement et des délais de construction, le vrai test commence. Sandberg et Clegg apportent de la crédibilité, mais c’est sur le terrain des data centers, pas dans les communiqués de presse, que la bataille se gagnera.
En attendant, l’effet d’annonce est réussi. La valorisation à 14,6 milliards fait de Nscale l’une des startups les plus valorisées d’Europe. But comme souvent dans la tech, la valo, c’est de la fiction jusqu’à ce que les revenus arrivent. Et pour l’instant, Nscale vend surtout du rêve — un rêve très cher, financé par Nvidia et emballé par d’ex-Meta. À eux de prouver que c’est plus qu’un supercalculateur en PowerPoint.
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