Tu galères déjà à recenser les abonnements SaaS que ta boîte traîne ? Attends de compter les agents IA. Ils se sont installés partout, personne ne sait vraiment combien, et encore moins qui a lancé la moitié d’entre eux. Ce joyeux bordel a un nom : le agent sprawl. Et ce nom, quelqu’un vient de le transformer en chèque.
Reco, startup de sécurité IA, vient de boucler 55 millions de dollars. Une rallonge à sa Série B de 30 millions, bouclée en février. Au tour de table cette fois : le bras venture d’AT&T, plus Forestay et Quadrille Capital. Total levé depuis les débuts : 140 millions. Le cofondateur et CEO Ofer Klein se fend d’un sourire commercial pour annoncer que la valorisation a plus que doublé depuis février. Forcément, quand ton métier consiste à vendre l’extincteur pendant que le reste du secteur allume le feu.
Le problème est réel, le mot est un sticker
Soyons honnêtes deux minutes. Le agent sprawl, ce n’est pas juste du jargon de conférence. Une boîte moyenne aujourd’hui, c’est des agents Copilot quelque part chez Microsoft, des agents Salesforce par-dessus, deux ou trois bricolages internes montés par le stagiaire qui maîtrise Vercel, un pilotage de facturation autonome que personne n’a validé, et cette délicieuse shadow AI que ton service marketing a branchée sans rien dire à la DSI. Résultat : des agents qui tiennent des accès, déclenchent des actions, parlent à d’autres agents, et zéro inventaire propre de qui fait quoi.
La vraie question, c’est pas de savoir si le problème existe. Il existe. La vraie question, c’est de savoir combien de boîtes vont payer pour qu’on le leur range. Et là, Reco joue exactement la bonne carte : elle ne vend pas de l’IA qui fait des trucs, elle vend de la visibilité et du contrôle sur les IA qui font déjà des trucs. Le garde-chiourme du zoo, quoi.
On vous a assez bassinés avec les agents qui déraillent pour que le marché soit mûr. Rappelez-vous : ton agent IA déraille et le harnais est le vrai coupable, chez Amazon ton agent fait les courses sauf s’il vient de Meta. À chaque fois, le même refrain : l’outil marche, c’est le pilotage qui part en couille. Une boîte qui lève 55 millions sur ce créneau ne parie pas sur la peur, elle parie sur le constat.
Et à côté, on finance quoi ? Des mondes
Pendant que Reco vend les barrières du zoo, la Sifted rapporte que Backed et SOSV remettent au pot pour Zenithon, un labo de world models. Le montant, on ne le connaît pas encore. Mais le positionnement, lui, parle tout seul.
Un modèle du monde, c’est la couche d’après : arrêter de prédire le prochain token et commencer à simuler la physique, l’espace, le comportement des choses qui bougent. Bref, la matière première des robots et des environnements synthétiques. On en parlait déjà avec les robots humanoïdes promis à leur moment ChatGPT, et le nerf de la guerre restera de simuler le réel de façon crédible. Deux étages d’un même immeuble : en bas, Reco sécurise les agents qui existent déjà ; en haut, Zenithon parie sur des mondes qui n’existent pas encore.
Les deux ont un point commun : ils se paient sur la promesse d’un futur incertain. Reco sur la promesse qu’il y aura toujours plus d’agents à ranger. Zenithon sur la promesse que la simulation finira bien par valoir de l’or. L’un des deux a raison, probablement les deux, mais pas pour les raisons qu’on leur vend.
Le business de ta propre pagaille
Y a un truc qui devrait te faire tiquer, lecteur. L’industrie sait parfaitement créer le chaos et te refiler la facture du rangement. On te vend les agents, puis on te vend la visibilité sur les agents, puis on te vendra la conformité sur la visibilité sur les agents. Chaque couche est un business. À un moment, faut arrêter de croire que c’est de la magie et reconnaître que c’est un modèle d’affaires parfaitement huilé.
Ça ne veut pas dire que Reco enfume. Ça veut dire qu’AT&T et les autres ne mettent pas 55 millions sur un problème de niche, ils les mettent sur un problème qui va devenir un standard de gouvernance en entreprise dans les dix-huit prochains mois. Quand tu auras deux cents agents en production et zéro idée de ce qu’ils font la nuit, tu ne pleureras plus la facture du ménage. Tu la signeras les deux mains.
Ofer Klein a raison sur un point : depuis février, sa boîte a doublé de valeur. Ce n’est pas parce que le monde est devenu plus sûr. C’est parce qu’il est devenu plus bordélique, et que quelqu’un a décidé de facturer le balai.
Le pire, dans l’histoire, c’est probablement toi qui vas tenir le manche.
Sources :
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