Le Guardian nous parle d’ouvriers et d’employés qui forment leur propre bourreau numérique. Des gens qui passent leurs journées à expliquer à une IA comment faire leur boulot, avec cette sensation poisseuse de scier la branche sur laquelle ils sont assis. « Dévalorisés », disent-ils. L’IMF enfonce le clou : 40% des jobs mondiaux touchés, une « vague qui frappe le marché du travail » selon Kristalina Georgieva. Ça sent le drame, non ?
Pendant ce temps, Fortune balance son papier sur les diplômés en informatique qui, eux, nagent dans le bonheur. 81 000 dollars de salaire de sortie d’études, une demande qui dépasse celle des MBA, et des augmentations d’année en année. L’apocalypse, vraiment ?
Faut arrêter de jouer au ping-pong avec nos angoisses. D’un côté, tu as ceux qui subissent de plein fouet l’automatisation — souvent des métiers peu qualifiés ou répétitifs, ceux que l’IA adore parce qu’ils sont prévisibles. Le patron qui te demande de tout documenter pour qu’un bot puisse prendre le relais, c’est pas une vision d’avenir, c’est une stratégie de réduction des coûts déguisée en innovation. Et ces travailleurs ont raison de gueuler : former son remplaçant, c’est le niveau ultime de l’aliénation capitaliste.
De l’autre, tu as l’élite tech, ceux qui construisent les outils qui dévorent les autres boulots. Leur marché explose, les salaires avec. C’est la vieille rengaine : les créateurs de la disruption s’en mettent plein les poches, pendant que les disruptés ramassent les miettes. Sauf que cette fois, la disruption a un nom, un logo, et elle apprend à ton rythme.
Le vrai problème, c’est pas l’IA en elle-même — c’est comment on l’utilise. Les boîtes qui voient ça comme un moyen de licencier à moindre coût plutôt que d’améliorer les conditions de travail, elles sont légion. Et les travailleurs qui se retrouvent à faire du data labeling pour un salaire de misère, pendant que les actionnaires se gavent, c’est pas de la science-fiction, c’est déjà la réalité.
Alors, tsunami ou vaguelette ? Les deux. L’IA va bouleverser le marché du travail, c’est indéniable. Mais elle va le faire de manière inégale, en creusant encore les fossés entre ceux qui maîtrisent la tech et les autres. Les diplômés en informatique ? Ils sont du bon côté de la barrière, pour l’instant. Les ouvriers qui forment leurs remplaçants ? Eux, ils voient la barrière se refermer.
La question n’est plus de savoir si l’IA va prendre nos jobs, mais qui va décider de ce qu’on en fait. Et pour l’instant, les décideurs, ce sont les mêmes qui voient dans chaque algorithme une opportunité de couper dans les effectifs. Tant qu’on n’aura pas repensé la redistribution des richesses générées par cette automatisation, on continuera à avoir d’un côté des salaires à six chiffres et de l’autre des formations au chômage.
Faut-il avoir peur ? Oui, si on reste les bras croisés. Non, si on commence à exiger que les bénéfices de l’IA profitent à tous, pas seulement à ceux qui codent. Parce que la vraie apocalypse, ce serait de laisser faire sans rien dire.
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