Dario Amodei a déclaré ce jeudi qu’il était « profondément mal à l’aise » à l’idée que des leaders comme lui décident de l’avenir de l’IA. Quelques heures plus tard, Sam Altman plaidait pour une régulation « urgente » lors d’une conférence mondiale. Si tu as l’impression d’avoir déjà vu ce film, c’est normal : on est au troisième acte de la même comédie, où les dealers de compute s’improvisent médecins légistes.
Amodei, le CEO d’Anthropic, a quitté OpenAI en 2021 pour fonder une boîte qui, selon ses dires, mettrait la sécurité avant tout. Depuis, il publie des essais de 20 000 mots sur les risques existentiels, lève 10 milliards à une valorisation de 350 milliards, et sort des modèles que ses propres évaluateurs déconseillent. Son malaise, il le ressent sûrement quand il signe les chèques pour les serveurs AWS tout en écrivant des articles académiques sur l’alignement. La dissonance cognitive, c’est son fonds de commerce.
Pendant ce temps, Altman, le prophète humble-mais-pas-trop d’OpenAI, récite son mantra favori : « On pourrait tous mourir, mais bon, faut bien lever 10 milliards pour accélérer. » Cette fois, il a ajouté un « urgent » pour faire chic. Rappelons que sa boîte a perdu 12 milliards par trimestre l’an dernier, tout en promettant de changer le monde. La régulation, pour lui, c’est comme les feux rouges dans un jeu vidéo : ça ralentit les autres, mais toi, tu as le cheat code.
Leur refrain commun ? « Il faut réguler, mais pas trop, hein. » Amodei parle de « cadre de leaders » inappropriés, sans préciser qu’il en fait partie. Altman évoque des « garde-fous » nécessaires, juste après avoir déployé un modèle qui génère du contenu pédopornographique quand on lui demande gentiment. C’est du safety-washing à l’échelle industrielle : tu repeins la façade pendant que la maison brûle, et tu cries au feu pour attirer l’attention.
Ces appels à la régulation ne sont pas nouveaux. En 2023, Altman faisait le tour des sénateurs américains pour leur expliquer que l’IA était dangereuse. En 2024, Amodei publiait un papier sur la nécessité d’une gouvernance mondiale. En 2025, les deux annonçaient des partenariats avec des gouvernements tout en piratant des bibliothèques entières pour entraîner leurs modèles. Le pattern est limpide : parle fort des risques, agis vite pour les concrétiser, et lève des fonds sur la peur que tu as toi-même créée.
Et le public dans tout ça ? On nous sert la même soupe réchauffée : « Faites-nous confiance, on est les seuls à comprendre, mais bon, on est pas fiables, donc régulez-nous. » C’est le cercle vicieux parfait. Anthropic et OpenAI jouent le même jeu que Google, Meta ou Musk : la course au compute, aux levées de fonds, à la part de marché. La seule différence, c’est l’emballage. Chez Anthropic, c’est du papier académique. Chez OpenAI, c’est du messianisme corporate. Chez Musk, c’est du chaos-branding. Mais au fond, c’est la même course, les mêmes raccourcis, et les mêmes excuses.
Alors, la prochaine fois que tu verras un CEO d’IA parler de régulation, pose-toi deux questions : combien a-t-il levé cette semaine, et combien de benchmarks a-t-il tronqués pour l’annoncer ? Le bullshit, ça s’emballe mieux avec des références éthiques.
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