Le Pape et le gourou de l’IA : bénédiction ou coup de com’ ?

C’est le genre de news qui fait faire un double take. Le Pape – oui, le Pape – qui balance une encyclique sur l’intelligence artificielle, et en guest star, Chris Olah, cofondateur d’Anthropic, la boîte qui a fait de la « safety » son argument de vente.

Prévu pour le 25 mai 2026, ce premier texte majeur du pontificat de Leon XIV (le Chicago-born qui a pris la suite de François) s’intitule sobrement « La protection de la personne humaine à l’ère de l’IA ». Et pour le présenter, le Vatican a invité Olah, figure respectée de la recherche en IA mais aussi représentant d’Anthropic, une entreprise qui a levé des milliards en jouant la carte de l’éthique tout en déployant des modèles que ses propres évaluateurs déconseillaient. Ironique ? Ou stratégique ?

C’est une première historique. Un pape qui s’empare frontalement d’un sujet technique, pas juste pour dire « attention les enfants », mais pour produire un document doctrinal. Chapeau. Mais le choix d’Anthropic interroge : pourquoi eux plutôt qu’une université, un collectif d’experts indépendants, ou carrément personne ? Le Vatican avait déjà lancé l’appel de Rome pour une éthique de l’IA en 2020, signé par IBM et Microsoft. Visiblement, ils veulent garder le pied dans le monde réel des labos. Mais en invitant un acteur qui a clairement une position dans le débat (et pas des moindres, puisqu’Anthropic a un procès en cours avec l’administration Trump), le Saint-Siège prend un parti pris, ou du moins donne une tribune.

Attention, je ne dis pas que c’est une mauvaise chose. Olah est un type brillant, et son boulot sur l’interprétabilité des réseaux de neurones est solide. Mais le safety-washing, ça rappelle le greenwashing : ça se repère. Anthropic a publié des essais alarmistes sur les risques existentiels tout en continuant à pousser des modèles toujours plus puissants. Ils se retrouvent bénis par le Vatican. Symbole fort ou opération de com’ mutuelle ?

En parallèle, le Pape a aussi annoncé la création d’un groupe d’étude sur l’impact de l’IA sur la dignité humaine. Là, c’est plus classique. Mais l’encyclique, elle, a un poids théologique et médiatique immense. Reste à voir si le texte contiendra autre chose que des généralités bienveillantes. Si c’est juste « aimons-nous les uns les autres et ne laissons pas les machines nous diriger », on repassera. Mais si ça pose des principes concrets (genre « pas de reconnaissance faciale sans consentement » ou « pas de décision algorithmique qui remplace le jugement humain »), alors là, ça pourrait peser dans les débats réglementaires.

En attendant, la photo du pape avec le cofondateur d’Anthropic, c’est déjà une image qui fera le tour du monde. Et ça, dans la guerre culturelle autour de l’IA, ça compte. Mais moi, je veux lire le texte. Le vrai.

On verra le 25 mai si c’est bénédiction sincère ou messe en l’honneur de la hype. Mais ne me fais pas croire que c’est juste de l’éthique désintéressée.


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