Monte à bord du Titanic de l’IA. Sur le pont supérieur, ça hurle. Sur la passerelle, plus personne ne sait qui tient la barre. Et en troisième classe, l’Europe fait un boucan du diable en regardant le navire prendre le large. Seul détail qui cloche : l’iceberg, on l’attend toujours. C’est l’image qu’Arnaud Leparmentier plante dans sa chronique au Monde, et elle vaut mieux que la moitié des threads LinkedIn sur le sujet.
Le menu de la fin du monde
Parce que cette semaine, le genre « apocalypse » tourne à plein régime. Le Financial Times publie un papier pour remettre de l’ordre dans le débat sur le fameux P(doom), cette probabilité que l’IA nous efface tous, que chacun balance comme un numéro de loto sans jamais dire ce qu’il mesure. La CNA aligne son top 5 des façons dont une IA pourrait nous buter. Fast Company sort ses quatre scénarios apocalyptiques, en précisant bien que les chercheurs eux-mêmes trouvent certains franchement tirés par les cheveux.
On a la carte du menu, les petites cuillères, et le sommelier qui t’explique quel millésime accompagne le mieux l’extinction de l’humanité.
Kara Swisher vise le mauvais coupable
Dans le lot, un papier sort du rang. Kara Swisher, dans The Atlantic, pose la thèse inverse et elle tape juste : l’IA ne va pas détruire l’humanité, mais les gens qui la construisent, peut-être bien que oui. Le danger n’a rien d’une intelligence extraterrestre qui s’échappe d’un serveur pour nous transformer en piles. Le danger porte un badge, signe des chèques et lève des fonds.
Et là, la métaphore du Titanic prend tout son sens. Tout le monde fixe l’horizon en cherchant la glace. Personne ne regarde celui qui tient la barre, ni ce qu’il a descendu au petit-déjeuner.
Le scénario catastrophe, ce bon produit
On en causait déjà dans notre article sur la fin du monde comme argument de vente : l’apocalypse, c’est une gamme. Elle vend des bouquins, des keynotes, des parts de marché et des régulations rédigées entre amis. Elle occupe le terrain médiatique à un point tel que les dégâts plus prosaïques passent au second plan. Emplois siphonnés, énergie engloutie, surveillance banalisée, deepfakes électoraux. Rien de tout ça n’a besoin d’un super-vilain en silicium pour faire mal.
À l’autre bout du spectre, ceux qui jurent que tout ça est un canular ne sont pas plus clairs. Jensen Huang met un zéro pour cent sur l’apocalypse, et David Sacks souffle à Trump que l’IA est une vaste blague. Entre le prophète de l’effondrement et le marchand de sable, il reste un océan raisonnable où poser enfin un débat qui tienne debout.
La glace est déjà sous la ligne de flottaison
Si iceberg il y a, il ressemble moins à un AGI devenu fou qu’à un empilement de décisions prises par des humains pressés de gagner. Concentration de pouvoir, modèles qui pilotent des armes, labos qui font pousser des cellules et pondent 80% du code de leurs propres patrons. Le Titanic de Leparmentier a raison sur un point : la panique précède l’impact, et les troisièmes classes paient d’avance. Il se trompe peut-être sur un autre : la glace ne surgit pas de nulle part. Elle est déjà sous la ligne de flottaison, discrète, et personne n’a envie de descendre vérifier.
Alors ouais, garde un œil sur l’iceberg si ça t’amuse. Mais commence par le type qui tient la barre. Lui, au moins, tu peux encore l’engueuler.
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